Je vais être dur… mais quelle déception !
"Les Yeux Doux" avait clairement un potentiel énorme, mais cette lecture me laisse vraiment un goût amer. L'univers rétrofuturiste et le graphisme de cette BD sont des atouts indéniables, le style visuel m'a tout de suite accroché. Pourtant, sur le plan du scénario, c'est là que le bât blesse.
La promesse d'une dystopie centrée sur la surveillance de masse et la manipulation des opprimés par les puissants est une thématique classique mais très intéressante. Toutefois j'espérais un développement plus subtil. le concept des "yeux doux" était très intrigant, mais ne propose finalement qu'un système de caméra de surveillance « caché » derrière des affiches de pin-ups…. Je m'attendais à beaucoup mieux, par exemple que des véritables femmes fatales soient des agents du système, avec des lentilles caméras.
Le potentiel était là pour une critique plus acerbe et innovante de la société de surveillance mais le sujet est vraiment survolé et traité de façon extrêmement naïve, gentillette.
Quant à la structure en chapitres courts, bien que le début soit engageant, elle devient vite une faiblesse. La multitude de personnages dilue l'intrigue, et beaucoup sont sous-exploités, au point que leurs arcs narratifs sont finalement anecdotique. Les mystères, comme celui des hommes invisibles, font flop.
Les citations littéraires au début de chaque chapitre donnent l'impression de chercher à légitimer un récit qui manque de profondeur et d'originalité. Citer les autres n'a rien de talentueux. La fin du récit propose une idée intéressante, surprenante…. mais malgré ça l'histoire se termine de façon navrante de bons sentiments. Les dernières pages achèvent de faire chuter une oeuvre qui avait pourtant bien démarré.