La réputation de Mafalda n'est plus à faire : c'est une icône (et c'est bien mérité)
Cette édition (Glénat, 2018) comporte une riche contextualisation sur la vie de Quino et la politique internationale dans laquelle s'inscrit l'œuvre, qui est intéressante
J'ai toutefois une grande incompréhension face à l'absence totale d'appareil critique quant au traitement qui est fait de la "question chinoise"
Cela peut paraître anecdotique, voire injuste de reprocher cela à une œuvre des années 60-70
Pourtant, il est à mon sens impossible de ne pas la traiter tant elle est présente dans l'œuvre
D'ailleurs, l'éditeur ne s'y trompe pas, puisqu'il nous offre une magnifique (notez évidemment l'ironie) quatrième de couverture représentant Mafalda se bridant intentionnellement les yeux
L'idée n'est évidemment pas de censurer l'œuvre, mais de l'inscrire dans un contexte politique et culturel particulier, qui est double. La Chine de Mao évidemment, mais surtout la lecture qui en est faite par l'Occident, dont est visiblement imprégnée l'œuvre de Quino. Celle-ci alimente la rhétorique du "péril jaune" en présentant explicitement la population chinoise comme "un danger pour le monde occidental"
J'espère que les éditions futures intégreront ces réflexions. Je trouve ça toujours dommage de proclamer l'intemporalité d'une œuvre engagée sans faire l'état des avancées de la recherche en sciences humaines et sociales qui nous permettent aujourd'hui d'y apporter un regard critique