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Je me suis posé (et me pose encore) beaucoup de questions sur ce documentaire.
Le projet en lui-même est très séduisant, louable, et illustre une réalité encore peu représentée et conscientisée (en tout cas en France).
Je crois que ce documentaire, bien qu'imparfait, aura un impact positif sur les personnes qui n'ont jamais eu l'occasion de réfléchir aux limites du système carcéral.
Je pose juste ici quelques unes de mes interrogations :
Est-ce que mettre JR au centre du documentaire était nécessaire ?
Je comprends le besoin de présenter l'artiste, son travail, mais j'avoue avoir été par moments mal à l'aise par cette mise en scène du réalisateur et son omniprésence tout au long du documentaire, avec une posture qui se rapproche à mon sens plus du paternalisme que de la fraternité.
Est-ce que choisir Kevin comme fil rouge est un choix pertinent ?
Là-dessus, je n'ai pas d'avis tranché.
D'un côté, il est vrai que le parcours de Kevin illustre parfaitement l'angle choisi par le réalisateur :
la symbolique d'effacer un tatouage lourd de sens représente le nouveau départ de ce détenu réhabilité.
De l'autre, je ne peux pas m'empêcher de penser à la richesse des récits des autres détenus qui n'a pas été exploitée.
Mais ce deuxième choix découle certainement du premier : en mettant le réalisateur au centre, les affinités qu'il a pu lier avec certains détenus sont automatiquement mises en avant. Un parti pris à double tranchant, entre angle humain qui permet un engagement émotionnel et angle social qui permet une mise en perspective collective.
Que penser de l'image qui est donnée de Tehachapi, et plus largement du milieu carcéral ?
Je ne reproche pas au documentaire de ne pas être assez militant, parce que je ne pense pas que ce soit ici le but qui est recherché. On sent dès le début une volonté de sensibiliser un public qui doute de la possibilité d'une réhabilitation des détenus ce qui, au vu de l'opinion publique actuelle, est plutôt légitime.
Mais qu'apprend-on réellement sur les conditions de vie des détenus, sur leur quotidien en prison ?
J'ai eu l'impression que l'accent était mis sur la haine interraciale entre détenus au sein de la prison, plus que sur leurs conditions de vie. Certes, on découvre les cages humaines (vides et bien propres...), mais aucun lien explicite n'est fait entre cette violence institutionnelle et les violences interpersonnelles qui en découlent.
Je me demande aussi si le portrait final qui est dressé de Tehachapi ne contribue pas à entretenir l’idée que la prison possède des vertus transformatrices. Tous les détenus interrogés disent mériter leur sentence, et que cela les a changé. Au final, ce qui a nourri leur violence, à en croire ce documentaire, ce ne sont pas les conditions de vie en milieu carcéral, mais les gangs, dont l'origine n'est pas interrogée (je caricature un peu, mais c'est l'impression que j'ai eu en regardant).
Je ne remets pas en cause les témoignages des détenus, mais j'ai trouvé leur discours très consensuel, ce qui m'interroge sur la façon dont ces détenus ont été sélectionnés. Là-dessus, je trouve que le documentaire manque de transparence ; il aurait été intéressant d'en apprendre davantage sur les choix qui ont été faits pour que ce projet puisse se concrétiser.
En dehors de ces considérations, l'ambition de ce projet est noble, le résultat fort et audacieux. Le sujet reste extrêmement sensible, alors je salue le fait d'avoir saisi cette occasion sans précédent pour créer une œuvre collective avec un impact. Si sa représentation est questionnable, ce documentaire permet une visibilité sur le milieu carcéral qui pousse à la réflexion.
J'ai décidé de maintenir pour le moment ma note (7/10), parce qu'il est difficile de distinguer les choix de départ du réalisateur des concessions qui ont certainement dû être faites pour que le documentaire puisse voir le jour (il me semble peu probable que JR ait été entièrement libre de filmer ce qu'il voulait comme il voulait sur place...). J'aurais adoré que JR nous partage le fruit de ses réflexions, pour comprendre comment il a dû composer avec les contraintes qui lui ont été données.
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le 6 août 2025
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