Mauvaise herbe
8.1
Mauvaise herbe

Manga de Keigo Shinzo (2018)

« Ce manga a parfois été éprouvant à dessiner en raison de son sujet, mais j’ai pu le terminer grâce au concours de nombreuses personnes. »

Keigo Shinzo, postface


On dirait que j’aime bien commencer mes revues des mangas de Keigo Shinzo par ce qu’il écrit en postface. Tout simplement parce que je trouve que ça résume parfaitement ce qu’il met dans ses œuvres : quelque chose de simple, de tendre, mais aussi rempli de vérité.


J’avais lu quelque part que Mauvaise herbe était un peu l’anti-Hirayasumi. Que l’un serait un manga feel-good, quand l’autre plongerait dans les thèmes les plus sombres. Je suis d’accord… et pas tout à fait en même temps. Oui, Mauvaise herbe aborde des sujets très lourds : traumatismes liés à l’enfance, exploitation et sexualisation de mineurs, harcèlement, prédateurs, suicides… Rien à voir avec l’esprit “feel-good”, on est d’accord. Et pourtant, au cœur de cette noirceur, le livre parle aussi de reconstruction, d’entraide, de bienveillance, de lien et d’amour, tout simplement.


D’ailleurs, j’ai été surpris de voir de tels sujets traités dans un manga. Je ne pensais pas que ça pouvait aller aussi loin. Voir une jeune fille de 16 ans proposer son corps de cette façon. On sent que pour elle, c’est presque normal. Et c’est ce décalage qui frappe le plus. Ce n’est pas une provocation, c’est presque un échappatoire, une façon de s’en sortir, ou du moins d’essayer. Dès les premiers chapitres, on est pris dans cette violence psychologique, avec pour moi un pic dans le tome 3, quand Shinzo aborde la violence parentale.


Alors ce n’est pas quelque chose montré de manière manichéenne. On comprend le processus, ce qui pousse un parent à perdre pied. C’est quelque chose que je n’avais jamais vu dans un manga, BD ou comics. Voir un enfant se faire frapper, se faire étrangler par sa mère, c’est extrêmement dur. Et en tant que père, c’est encore plus percutant, parce que ça renvoie à ses propres limites, à cette tension que tout parent peut ressentir un jour. Et même si Shinzo montre un extrême, ça n’en est pas moins une réalité.


Mais autour de tout ça, il y a aussi une grande tendresse. Je n’ai pas eu l’impression que l’auteur cherchait à tirer sur la corde de l’émotion, mais plutôt à créer une rupture entre le tendre et le violent. À travers ces quatre tomes, on voit deux êtres en perdition qui tâchent de se reconstruire ensemble, avec leurs faiblesses et leurs besoins. C’est profondément touchant. Et le final, très maîtrisé, vient boucler le tout avec justesse.


Mauvaise herbe est donc un manga bouleversant, dur, mais incroyablement humain. Un récit sur la douleur, la survie et la possibilité, malgré tout, de se relever.


« Quand j’étais petit, ma grand-mère maternelle me disait de tourner la paume de mes mains vers le soleil, parce que c’était bon pour la santé... Quand je fais ce geste, j’ai l’impression que quelque chose me relie à elle. »

Keigo Shinzo, postface

Ben-Hardo
9
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Créée

le 5 nov. 2025

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Ben Hardo

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