Miles Davis était plus qu’un trompettiste : il était un peintre du son. Tel est d’ailleurs l’angle choisi par le bédéaste Dave Chisholm, auteur d’un précédent ouvrage consacré à une autre grande figure du jazz américain, Charlie « Bird » Parker (Chasin’ the Bird – Charlie Parker en Californie), sur Miles Davis et la quête du son. Prenant comme point de départ cette année 1982 au cours de laquelle le célèbre musicien, momentanément paralysé suite à un infarctus, tenta péniblement de recouvrir l’usage de ses mains, Chisholm remonte le cours du temps.


De son apprentissage auprès de Bird à son bœuf avec Jimmy Hendrix en passant par l’enregistrement de la célèbre musique d’Ascenseur pour l’échafaud, cette bio très graphique aux contrastes prononcés n’élude rien du génie musical ni du caractère tempétueux de cette légende de la musique. Les mots – ceux de Miles Davis, extraits de son autobiographie, d’essais et d’interviews – sonnent comme des confessions. Ils disent sa curiosité artistique, son infidélité pathologique, sa violence (intérieure et envers ses multiples compagnes) et l’intransigeance de son regard musical. Davis se refusait de voir le jazz être muséifié. Il ne cessa donc de le sortir de la vitrine derrière laquelle certains souhaitaient le placer. Il croisa les courants musicaux et mêla les influences (un album, Sketches of Spain, inspiré par la musique andalouse), repoussant ainsi les frontières du jazz pour le rendre miscible avec toutes les autres formes d’expressions musicales existantes.


Sur cette base, David Chisholm développe une narration visuelle psychédélique, représentant le son comme une matière, une palette de couleur, des effluves dansant dans l’air. Cette vision graphique acérée donne corps aux parcours artistique et intime très rudes de Miles Davis qui, au crépuscule de sa vie, développa son goût pour la peinture. « Une peinture, c’est de la musique qu’on peut voir, et la musique c’est une peinture qu’on peut entendre ». Une très belle parole qui trouve dans cette remarquable BD sa juste expression.

2flicsamiami
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le 21 juin 2025

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