Jouir d’une aura si resplendissante et souffrir d’une renommée méphitique, là est le drame et le privilège de Gundam. De ce mythe, car c’en est un, on s’en détourne aussitôt qu’on s’en rapproche. Le bousin a sa réputation, comprenez bien.

Laquelle ? Mais celle d’un attrape-couillon, et pas des moindres. Celui dans lequel s’entortille un ramassis d’obèses à lunettes aux cheveux huileux, gras porcins prêts à brader leurs couilles – qu’en ferait-ils d'ailleurs? – pour une figurine en résine. Le phénomène Otaku et tout ce qu’il suppose de défiance à son égard, on l’associe au naturel à Gundam ; c’est fatal.


Ayant la chance d’être méprisant, je balayais chaque occasion de m’approcher de ces vulgaires méchas – peuh  ! – au prétexte qu’ils n’étaient, à mes yeux, que les lubies de nippons mal lunés, ceux-là ayant reporté un déficit de virilité sur un acier bien dur et rutilant. La psychiatrie que je commets au doigt mouillé est un brin sévère, j’admets ; c’est pas pour autant qu’elle est erronée. Ah cette fascination pour les gros robots, qu’elle me gave. Je la tolère lorsqu’elle est incidente, le temps d’un Code Geass ou d’un Evangelion ; mais trop souvent on se perd en bastonnades mécaniques dont les entrechocs seront le moteur même de l’œuvre. Aussi me dit-on « Gundam » que je réponds d’un geste désinvolte de la main sans même m’arrêter ou me retourner. Le majeur y est même parfois dressé. C’est vous dire si je n’en attends rien, ou plutôt que j’en redoute quelque chose : le pire.


Je ne gage rien de ce qui pourrait se rapporter aux adaptations animées ou à quelconque autre œuvre dérivée, je vous parle de Mobile Suit Gundam : The Origin ; et je vous en parle en bien.

La diégèse est cadrée d’une écriture ferme et sans rature quand la narration, distancée et pudique comme un souffle du fond des âges, nous relate les fondations même d’un univers riche et dense avec lequel nous nous familiariserons bien assez tôt. Sans avoir à en faire de trop ni même de beaucoup, avec justesse et minutie le paneling et l’écriture – pourtant initialement modique – sait rapidement vous intéresser à l’affaire.


Toutefois, ça ne se sera jamais saisi de moi que d’une main à la poigne déficiente. Que cela se sache bien assez tôt, ce qu’on lit, sur le plan de la narration, est très vite confus. Le contexte ne nous est pas présenté dans son entièreté, les personnages sont introduits sans trop vous dire qui ils sont ou ce qu’ils font là et les premiers tirs, déjà, retentissent. Ce n’est pas une maladresse de l’auteur, mais un parti-pris narratif délibéré qui fut entrepris ici ; pour que la lecture soit plus immersive sans doute. On s’y perd en chemin et il faut bien s’y reprendre à deux fois avant d’avoir une idée bien assez définie de tout ce qui a cours. Les événements se succèdent les uns aux autres à une vitesse proprement hallucinante et il est malaisé de suivre le rythme nous étant alors imposé. Et c’est sans compter les termes nouveaux avec lesquels il nous faut nous familiariser.

Je dis rarement ça d’un manga, tant sont pléthoriques ces œuvres à lambiner pour étirer la parution et le rendement qui en découle, mais je n’aurais pas craché sur une entrée en matière moins mouvementée.


Pour ce qui est du dessin, il remplit bien son rôle. Les amateurs de mécaniques en auront pour leur grade, mais de peu seulement. Il est des mangas autrement plus versés dans les détails techniques des méchas que ce n’est le cas ici où nous nous bornerons au blindage et au cockpit. Qui se pique en principe d’une passion pour ce genre de machineries devrait en principe vouloir les disséquer jusqu’au dernier boulot, nous resterons cependant ici à la surface des choses.

Le style graphique semble s’en tenir à une approche graphique qui équivaut à ce qu’il se faisait au début des années 1980. Les visages simples mais distincts des protagonistes atténue la lourdeur du métal derrière une légèreté d’apparat dans le faciès humain qu’on nous présente.


Si la narration est d’abord efficace puis un poil bordélique – quoi qu’audacieuse – l’histoire, à bien y regarder, est très classique. Une guerre d’indépendance partie de peu de choses, bien chroniquée néanmoins, un héros malgré lui venu grimper dans l’appareil providentiel pour en être le pilote-né, qui affronte un rival flamboyant presque aussitôt glissé dans le cockpit. Même quelques kilotonnes de texte par-dessus ne nous empêcherons pas d’apercevoir la simplicité de la l’intrigue qui nous concerne ici.


Car du texte, il y en a comme qui dirait une chiée. Imaginez la transcription des commentateurs de football au format écrit  ; ça vous remplirait une demi-encyclopédie par match. C’est l’idée, ici. Le moindre sous-officier venu se gratter les valseuses verra ses hauts-faits commentés par trois autres personnages qui analyseront la situation d’un air concerné. J’adore quand ça ratiocine, mais à condition seulement de ne pas parler pour ne rien dire, ce que font trop les protagonistes en lice.


L’action elle-même, si elle aspire à un rendu innovant, s’avère confuse. Je me représente mal l’action en cours même à lire et relire plusieurs fois une pleine page pour interpréter les mouvements. Le procédé a de quoi nuire conséquemment au plaisir de lecture  ; le support animé étant vraisemblablement mieux adapté à l’exhibition de ces phases houleuses.

Est-ce raciste si je vous dis, en sus, que tous les méchas se ressemblent ? Non, ça ne l’est pas ? Tant pis, je l’écris quand même, car ce facteur seulement est une source de confusion de tous les instants. Pas assez d’éléments permettent de singulariser les appareils ennemis de ceux de leur propre armée. C’est vous dire le foutoir quand vient la castagne.


Sans que les combats ne soient mauvais, car on devine un travail dans l’orchestration des batailles, ils nous passent trop facilement à côté pour qu’on s’en soucie comme il se doit. Reste donc la trame à laquelle se raccrocher du bout des ongles. Peu importe alors qu’on se perde chez tel ou tel antagoniste pour démêler une intrigue politique un brin noueuse : Gundam.


« Mais, je... »
« Gundam »
«  Enfin, c’est pas une répons... »
« Gundam »
« Bon d’accord »

On en reviendra inlassablement à ça. Toutes les intrigues politiques environnantes ne graviteront finalement qu’autour de la seule finalité de l’intervention du Gundam ; elles en seront les préliminaires.


De même, si les personnages sont correctement brossés, seul un cercle d’initiés aura droit à un véritable développement là où les personnages secondaires et antagonistes tiendront lieu de figurants à qui on aura donné du dialogue. Il n’y a pas de richesse dans les caractère, rien qui ne nous fait tenir à eux, aussi bien écrits pourraient-ils être, ce qu’ils ne sont que modestement.


Gundam, en définitive, n’était pas mauvais, bien qu’il usurpe de beaucoup son prestige. On peut dire que la manière dont le manga a été écrit était plus intelligente que ne l’était l’écriture en elle-même. Aucun arc narratif ne nous colle aux pages ; les choses se passent sans passion ni ennui, nous flottons dans l’espace intersidéral et regardons les choses se passer. Nous ne nous en lassons pas, toutefois, rien ne nous restera en souvenir, rien si ce n’est le nom ; ce à quoi s’en tient et se limite finalement la franchise.

Josselin-B
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le 30 mai 2026

Critique lue 121 fois

Josselin Bigaut

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3

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