Avant d'avoir lu Gisèle et Béatrice du même auteur, j'ai découvert Mou. Cette histoire a tout pour me plaire. Le personnage principal est présenté comme un loser qui n'aime pas faire de vague, qui obéit à sa maman tyrannique, voire castratrice, qui n'a pas de succès avec les femmes et qui se fait abuser par ses amis. Dépourvu d'ambition, il travaille en tant que livreur sous-payé et le reste du monde semble s'être ligué contre lui. Jusqu'au jour où il fait la rencontre d'une scientifique attirée par lui. Elle prend les devants, l'initiative, et l'invite chez elle pour coucher avec lui. Hélas, notre peu vaillant héros a bien du mal a satisfaire les envies de sa partenaire et le tout se solde par un fiasco. Minable jusqu'au bout, il décide de s'enfuir pendant la nuit mais il boit un liquide au hasard dans le frigo de la scientifique. Sauf que voilà : cette boisson suspecte est une expérience qui va le transformer en monstre flasque, mou, tentaculaire, pouvant prendre toutes sortes de formes. Un super-héros sexuel est né.
Je n'ai pas été tendre avec l'album Gisèle et Béatrice, récit que j'ai trouvé abject dans le fond et dans la forme, mais ici tout est revu à la hausse. Les dessins sont bien meilleurs, plus fouillés, et les personnages bien plus attachants. A commencer par ce drôle de héros qui va se découvrir au fur et à mesure de l'album un certain talent pour procurer du plaisir aux femmes en général et devenir leur nec plus ultra au lit, cocufiant les plus bêtes et les plus brutaux d'entre eux et devenant une légende urbaine célébrée par les réseaux sociaux. Un concept qui vient gentiment contrer le mythe masculiniste du mâle alpha, hyper viril, égoïste narcissique dont les érections infaillibles sont la condition unique et absolue du plaisir sexuel féminin ; ici, le plaisir passe par la mollesse, l'enveloppement, la douceur d'une créature à l'écoute de sa/ses partenaire(s). C'est aussi rare que réjouissant et le propos est pertinent. Le héros de Mou va nous montrer une alternative au machisme et à la vision souvent bornée qu'on peut avoir de la sexualité masculine. Ce héros sans forme, sans os, est une sorte de Barbapapa moderne qui se faufile à travers les égouts pour atterrir dans les salles de bain de ces mesdames qui se l'arrachent littéralement.
L'album est drôle, joli et se termine sur une note inattendue, plutôt positive et drôle. Et si l'homme du futur était mou et empathique, à rebours de ce qu'on attend traditionnellement d'un homme, à savoir qu'il soit dur et sans pitié ? On peut se laisser tenter par cet album qui nous répond par l'absurde et nous suggère au passage quelques vérités sur le sexe qu'on perd facilement de vue quand on cède à une vision phallocentrique.