L’Habitant de l’infini Bakumatsu pose un problème « classique » dans les industries culturelles (BD, ciné, série, JV…) : comment faire une suite / série dérivée d’un univers qui respecte ce dernier sans tomber dans la redite ? Comme souvent c’est une question d’équilibre, que ce manga ne parvient pas à trouver.
Plus de 80 ans après les événements de l’Habitant de l’infini nous retrouvons Manji et un Japon en proie à quelques troubles. Il y a une atmosphère de fin d’époque dans l’air (les débuts de l’ère Meiji auront lieu dans le manga) et de multiples luttes au sabre au fil des tomes. Le tueur d’une centaine n’a pas pris une ride et va être le garde du corps d’un jeune trublion (Ryoma Sakamoto) qui a de grandes idées. Comme dans l’histoire originale il va y avoir quelques péripéties de sorte que la mission de base va un peu évoluer au fil des pages.
Et c’est à partir de là que les problèmes apparaissent : le récit est parasité par des rappels de l’histoire originale, le design de plusieurs personnages évoque franchement ceux du passé (Shira, Makie) et certaines planches sont un décalqué de celles de Samura quand certains passages ou rebonds narratifs sont fortement inspirés du récit de base. Tout se passe comme si Manji était un peu prisonnier du passé - et nous avec lui - si bien que l’on se demande à quoi bon nous montrer ce Manji de l’après qui n’a pas progressé d’un pouce dans son art du sabre comme dans ses réflexions. Il apparaît comme un personnage passif par rapport à ce qui l’entoure. L’immortalité est bien une malédiction.
Bakumatsu a aussi tendance à multiplier les personnages - qui ne sont pas toujours évidents à différencier - en quelques pages ce qui ne facilite pas la lisibilité du casting. Comme plusieurs meurent peu de temps après ce n’est pas si grave mais on se demande quand même si le récit n’aurait pas gagné à être plus resserré et à s’émanciper davantage des thèmes initiaux. En somme l’ombre du monument de Samura plane trop sur ce manga, jusqu’au graphisme général. On retrouve cela ailleurs (DB Super, Boruto…) mais ici cela paraît brider les rares fulgurances de l’auteur. La marche était très haute ceci dit.