Rédiger des avis tome après tome n’est pas évident. Que dire qui ne spoile pas la suite et qui ne soit pas redondant avec ce qui a déjà été écrit ? Le contenu de ce tome 3 permet heureusement de se sortir facilement de ce problème. Merci Asano.
Nos neurones se mettent en marche dès que l’on aperçoit une lecture d’Ubume. Le bateau-usine ( dont une adaptation manga est sortie chez Akata) offre en effet plein de parallèles possibles entre les travailleurs du crabe et les Mujina : les pinces d’or ne profitent pas à celles et ceux qui le méritent. Un clin d’œil à Kingsman - Le Cercle d’or se signale avant que l’intrigue nous rappelle les Epstein files. C’est bon, on a notre quota de colère pour se réchauffer en cette période.
On reprendra un peu de fraîcheur avec la jeune fille qui ne peut pas perdre et « l’agent spécial trop beau » mais sans « lait de maman » de Fury Road pour faire face à ses mommy issues et autres névroses et perversions. Quelques punchlines qui traînent et des messieurs trop tranquilles qui se pointent sans être invités ajoutent un peu de sel sur les plaies apparentes. Défendre sa famille c’est aussi prendre des coups, et les coups, ah quand ils vous arrivent oh oui, oui ça fait mal.
On oublie la douleur grâce à quelques planches où l’auteur donne à Tenko un aspect plus sérieux, moins « cartoon » et bon sang ça marche fort. Au tournoi de popularité du manga je pense qu’elle ne doit pas être loin de la première place. Mais à trop prendre la lumière elle risque de déraper : dans le monde des Mujina on peut se la jouer le lundi et finir découpé dans des sacs poubelle façon Javert le mardi. Pas d’Edo Tensei disponible pour une seconde chance.
Et finalement on se demande si ça y est : après avoir bien planté son univers, dresser les oppositions, rejouer certaines scènes et agiter ces corps dans tous les sens, Mujina into the Deep est prêt à nous emmener pour de bon dans les profondeurs (l’homme tanuki et Ubume sont-ils deux personnes différentes ?), quitte à avoir encore plus les genoux qui grincent pour Ubume et à en ressortir transformé pour faire valser les têtes comme un guerrier noir fait valser les portes de pierre (iykyk). En somme, on se demande si le manga est désormais prêt à passer un cap.