Nana
7.2
Nana

Manga de Ai Yazawa (2000)


Dis, Nana. Tu te souviens de notre rencontre ?
Moi je suis plutôt du genre à croire à ce que l'on appelle le destin. Alors pour moi, c'est un effet du destin. Tu peux rire.



D'un côté, Komatsu Nana, jeune fille naïve et amoureuse qui décide de rejoindre son petit ami à Tokyo dans l'espoir de devenir indépendante.
De l'autre côté, Ôsaki Nana, jeune orpheline qui a abandonné l'amour de sa vie pour monter à Tokyo et poursuivre son rêve de devenir chanteuse de punk.
Coïncidence, les deux jeunes filles du même âge et qui portent le même prénom vont se retrouver dans le même train et commencer à sympathiser malgré leur tempérament diamétralement opposé.
Elles ne savent alors pas encore qu'elles viennent de faire l'une des rencontres les plus marquantes de toute leur vie.



This Is Not A Love Song



Avant d'être un shôjo romance, NANA est avant tout une grande histoire d'amitié.


Les deux Nana qui évoluent pourtant dans deux mondes complètement différents vont développer une relation tellement fusionnelle qu'elle en restera quasi inégalée par tous les autres couples intervenant dans le manga.


Ainsi le manga se découpe en deux gros arcs :
Le premier met en avant Komatsu Nana (surnommée Hachi, qui veut dire "huit" en japonais, en référence à "nana" qui veut dire "sept", un chiffre qui reviendra souvent dans l'histoire) en quête d'indépendance et face à ses déboires amoureux en mettant l'accent sur la relation amicale qui se créée entre les deux Nana.
Le second se focalise plutôt sur Ôsaki Nana et son rêve de devenir chanteuse ainsi que les difficultés liées au monde de la musique. La relation entre les deux Nana est quelque peu écartée mais reste toujours présente.
Le manga étant en pause depuis 2009 suite aux gros problèmes de santé de l'auteure, on ne sait pas vraiment comment celui-ci pourrait se finir mais les derniers tomes laissent à penser qu'il tendait vers son dernier arc.


Personnellement, le premier arc (en réalité le deuxième, les quatres premiers tomes formant un mini-arc d'introduction) est pour moi parfait. La relation entre les deux Nana est juste magnifique et l'on ne s'ennuie pas une seule seconde alors que l'on lit pourtant un pur slice of life. Le récit est rythmé par la nouvelle vie quotidienne des deux Nana à Tokyo, les rencontres qu'elles y font, et leurs histoires de cœur, le tout dans une ambiance à la fois drôle et mélancolique. La fin de cet arc est assez déchirante par ailleurs, nous menant vers la suite qui elle sera beaucoup plus dramatique.
Le deuxième arc donc se focalise principalement sur l'ascension du groupe de Ôsaki Nana et de sa rivalité avec le groupe TRAPNEST. On découvre ici le monde de l'industrie musicale qui pardonne peu et implique des sacrifices. On entre donc dans un univers assez différent de la première partie puisque les agissements des personnages ont des conséquences à plus grande échelle et que l'on se tourne plus du côté de la vie professionnelle que dans la première partie qui se focalisait principalement sur la vie personnelle des deux héroïnes. Ici, les personnages vont également être confrontés à leurs propres erreurs assez rapidement et se débattre pour essayer de recoller les morceaux. Sans dire que cet arc est mauvais car c'est loin d'être le cas, j'ai eu un peu plus de mal à accrocher, notamment car les deux Nana ne se voient quasiment plus (leur relation étant pour moi la force du manga) et que les relations entre les personnages stagnent quelque peu, contrastant donc avec l'évolution constante qu'il y avait dans la première partie. En revanche, les derniers chapitres deviennent vraiment intéressants car c'est là que l'on commence à comprendre où ont abouti toutes ces relations et ce que les personnages ont décidé d'en faire.


NANA est donc un manga avec deux parties bien définies mais qui arrivent à se marier malgré tout. La première partie est plus touchante et moins morose tandis que la seconde aborde des sujets plus profonds, donnant de l'épaisseur à l'œuvre mais rendant également l'histoire plus tragique. Les vrais savent, le fait de ne pas avoir la fin de l'histoire se révèlera être un vrai crève-cœur (à tel point que les gens n'ont toujours pas perdu espoir de voir la suite arriver un jour) mais les tomes sortis jusqu'à maintenant placent d'ores et déjà le manga comme étant un incontournable pour tout ce qu'il a réussi à mettre en place dedans.



Anarchy in Japan



Parmi les personnages, nous retrouvons nos deux héroïnes ainsi que les groupes de musique BLACK STONES et TRAPNEST :


Komatsu Nana (Hachi/ Hachiko) : Jeune fille naïve et superficielle mais toujours souriante et pleine d'énergie. Elle tombe sans cesse amoureuse dès qu'elle voit un beau garçon. Son rêve est de se marier et de fonder une famille heureuse.
Hachi est un personnage auquel on s'attache très vite même si au début du manga elle peut être agaçante car assez égoïste et pleurnicharde. Elle évoluera énormément, notamment dans le deuxième arc, pour devenir une jeune femme plus mature et responsable mais toujours avec le cœur sur la main.


Ôsaki Nana : Chanteuse du groupe BLACK STONES, c'est une rockeuse dans l'âme. Elle a grandi sans amour ni chaleur, c'est pourquoi elle a toujours été très indépendante avec un bon franc parler. Mais à cause de ce manque d'amour, elle a tendance à être trop possessive avec ses proches et à rapidement perdre pied lorsqu'ils ne sont plus là.
Nana est un personnage complexe, à la fois sûre d'elle et pourtant très fragile. Elle est vraiment super classe bien qu'un peu trop égocentrique par moment et ses répliques sont trop marrantes. Un personnage très fort et vraiment bien écrit.


BLACK STONES (BLAST) : Groupe de punk rock de Ôsaki Nana. Il est composé du guitariste Nobuo (Nobu), un garçon gentil et honnête mais qui manque parfois de conviction, du batteur Yasushi (Yasu/ Yassan) qui fait office de grand frère et médiateur et qui sous ses airs de mafieux mystérieux est en réalité très chaleureux, et du bassiste Shinichi (Shin), un bel adolescent, très mature pour son âge malgré des côtés assez mignons, mais assez désillusionné de la vie et souvent sarcastique.
Si on retrouve tous les rôles un peu classiques, BLAST se démarque néanmoins par ses membres aux personnalités très éclectiques et attachantes, et aux backgrounds généralement assez durs et variés dans l'ensemble. Le groupe en lui-même est vraiment rigolo d'ailleurs, il y a une bonne ambiance lorsqu'ils sont tous ensemble, on ressent vraiment bien le fait qu'ils se connaissent depuis le lycée.


TRAPNEST (TRANES) : Groupe rival de BLAST avec qui il a débuté lorsque les membres étaient encore lycéens. Il s'agit d'un groupe de pop-rock lyrique assez poétique. Il est dirigé d'une main de fer par le leader et bassiste Takumi, un homme froid et autoritaire qui reste cependant honnête et qui n'hésite pas à prendre en charge les problèmes de tout le monde mais qui manque souvent d'humanité. Il a façonné tout le groupe autour de sa muse et chanteuse, Reira (Layla), une fille très belle à la voix incroyable qui se révèle cependant être assez étourdie et rigolote mais surtout capricieuse. Pour les accompagner, un guitariste de génie, le très charismatique Ren, un gars sympathique qui se laisse pas mal vivre et qui aime bien les blagues douteuses, et le batteur Naoki, beau garçon à l'allure de Prince qui est en réalité assez simplet et fait souvent les choses sur un coup de tête mais qui est aussi l'un des rares à percevoir et comprendre la force des ambitions de son leader.
TRAPNEST est particulier dira t-on. Si on a tendance à adorer Ren pour son histoire très travaillée et sa bonne entente avec BLAST, Takumi et Reira peuvent faire passer le groupe pour le principal antagoniste de par leurs actions assez discutables, quand on n'oublie pas Naoki qui pour le coup se fait totalement évincer de l'intrigue bien qu'étant un personnage assez sympathique. Pour ma part je suis une énorme fan du groupe que je trouve principalement assez incompris car ce sont en réalité des personnages bien plus complexes qu'il n'y paraît, notamment Takumi que tout le monde s'acharne à détester depuis des décennies alors qu'il a lui aussi ses bons côtés en réalité.


À cela s'ajoute de nombreux autres personnages aux personnalités très variées comme Misato, la sweet lolita et fan n°1 de BLAST, ou bien Junko, la meilleure amie terre à terre et tranchante, qui sont tous très intéressants et atypiques.


Les personnages de NANA sont en somme très humains, avec leurs qualités propres comme leurs grandes faiblesses, et leur évolution et leur personnalité sont tellement travaillées que cela les rend contre toute attente véritablement charmants et rares sont ceux qu'on déteste réellement. Cependant, de par leurs réactions complexes, il faut je pense avoir un certain vécu pour percevoir tous ce qui les caractérisent réellement. Il n'est pas rare que les lecteurs aient changé d'avis sur tel ou tel personnage en relisant le manga une fois plus âgé, et c'est en ça que NANA se distingue brillamment des autres œuvres de romance, car l'on pourrait disserter sur ses personnages des heures durant.
Ainsi, il faut comprendre qu'aucun des personnages n'est tout noir ou tout blanc, mais c'est probablement ça qui fait qu'on s'y attache aussi rapidement !



Smells Like Teen Spirit



Concernant le manga, ce qui frappe le plus ce sont tout de suite ses dessins qui sont vraiment très éloignés des autres shôjo, Yazawa ayant un style reconnaissable entre mille. Il est assez étrange avec ces corps en fil de fer et ses visages un peu poupon, mais bien maitrisé donc on finit par s'y habituer très vite. Les chara design quant à eux sortent de l'ordinaire, aidé notamment par ses personnages peut-être un peu trop lookés de nos jours. En effet, beaucoup arborent un style punk/ visual kei qui peut plaire comme déplaire mais qui leur apporte tout de même une certaine singularité et viennent appuyer le contexte mis en avant dans l'histoire, à savoir un groupe de jeunes un peu marginaux qui s'expriment avec leur musique underground.


Car il ne faut pas oublier que NANA est un manga qui parle de musique aussi, et en ça, Yazawa a parfaitement réussi à transcender le papier pour nous faire vivre les performances énervées de BLAST ou envoûtantes de TRAPNEST. Dans son manga, Yazawa nous dépeint des jeunes en manque de repères qui se battent pour leurs rêves et aspirent à devenir des adultes accomplis tout en cassant les codes, et cela passe comme je l'ai dis plus haut par leur musique qui deviendra dans la deuxième partie du manga le pan le plus important de leur vie, prenant même parfois le pas sur leur vie personnelle qui en subira les conséquences directes. Contre toute attente, c'est également la musique qui liera définitivement nos deux Nana, via le premier concert de TRAPNEST qui nous fait réellement songer que la rencontre entre Hachi et Nana était prédestinée puisque c'est celui-ci qui engendrera toute la suite de l'histoire.
Alors attention, on ne sera pas non plus dans un BECK où la culture musicale prendra la place principale dans le récit car ici, celle-ci est plus là pour poser un univers original dans lequel les personnages viennent évoluer mais rien de plus poussé. Néanmoins la musique reste en permanence un des thèmes fort de la série, réussissant à fédérer nos personnages comme à les séparer.


Il faut dire que Yazawa excelle sur tout ce qui touche à la mise en scène. Sans parler de ses planches hyper fournies et efficaces (bien qu'assez surchargées au premier coup d'œil mais ça passe mieux en lisant), il y a aussi beaucoup de (très beaux) textes (avec comme narratrice Hachi ou Nana) tout au long du manga. Même si je ne suis pas très fan des colorisations de la mangaka, j'aime également beaucoup le principe des couvertures des tomes qui nous conte chacune un moment d'une journée que passent les deux Nana ensemble, ce qui est bien dans l'esprit du manga.
Mais ce qui me plaît plus particulièrement est le découpage des cases (il y en a beaucoup, comme si tous les gestes des personnages étaient détaillés un à un) ainsi que les expressions et les mouvements des personnages qui paraissent très réalistes.


En effet, la principale particularité de NANA est que l'œuvre se veut totalement réaliste (d'où les personnages très controversés) et de ce fait, ressemble plus à un josei qu'à votre shôjo fleur bleue habituel.


Ici le mode de vie des deux Nana se calque sur celui d'une japonaise lambda. On va donc suivre Hachi chercher du boulot, Nana effectuer des répétitions avec BLAST dans un petit studio, les filles organiser des petites soirées avec le groupe à l'appartement 707 (que louent ensemble les deux Nana), etc... En parlant de ce dernier, tout comme peuvent l'être les verres à fraises ou le poster de TRAPNEST, l'auteure parvient à en faire un objet (voir même une présence) du quotidien qui devient hautement significatif dans l'amitié et le destin qui lie nos deux héroïnes, démontrant encore à quel point Yazawa cherche à mettre l'emphase sur la routine faussement anodine de nos deux amies qui créeront leur lien à travers elle, avec pour lieu commun ce fameux appartement 707 qui ne les quittera jamais vraiment et continuera à veiller sur elles jusqu'à la fin.
Bien sûr les amourettes feront également partie de leur vie de tous les jours mais on part cette fois-ci sur de la romance plus mature elle aussi puisque les deux Nana sont dans la vingtaine et ont déjà de l'expérience de ce côté-là, on a donc des intrigues plutôt vraisemblables et des histoires d'amour pas toujours idéales puisque les enjeux qui mettent les couples à mal sont bien plus graves et importants que dans la plupart des shôjo.


Ainsi, NANA se focalise principalement sur le côté dramatique où "les histoires d'amour finissent mal (en général)". On pourrait penser que c'est vraiment TROP dramatique par moment (à croire qu'aucun des personnages n'arrivera jamais à trouver le bonheur) et que du coup ça vire rapidement dans le pathos mais la mangaka, a comme dit plus haut, un talent incroyable pour la mise en scène et nous livre des histoires et des personnages tellement criant de vérité qu'on finit par vouloir y croire sans se poser plus de questions.
Cependant, malgré cette avalanche de malheurs, l'auteure ne lésine pas non plus sur le côté comique lui aussi très présent en plus d'être original et bien amené, fonctionnant surtout par petites touches dans de rapides dialogues ou actions en arrière-plan.
Les thèmes abordés tout au long de l'œuvre sont rarement vus dans les autres shôjos également (abandon d'enfant, drogue, prostitution...) et l'auteur n'hésite pas à mettre en avant des scènes plutôt chaudes ou des mineurs en train de fumer et boire sans vergogne (chose extrêmement condamnable au Japon, très souvent sujet à la censure).
On a donc une histoire très bien balancée et très éloignée des clichés et des stéréotypes qui sont même pour ainsi dire inexistants.



Punk's Not Dead



Parler de NANA dans sa globalité se révèle être une tâche particulièrement ardue.


Que ce soit par ses graphismes, sa narration, ou même son genre faussement shôjo, le manga reste unique en son genre encore aujourd'hui et réussit dans tout ce qu'il fait, que ce soit les relations amoureuses incongrues qu'il présente, la psychologie très humaine de ses personnages, l'emprunte musicale qui entoure l'œuvre ou bien la maîtrise particulièrement bonne du drame dans son intrigue.


NANA est donc un manga marquant et saisissant, loin des sentiers battus, qui nous fait réellement vivre quelque chose par l'intermédiaire de la construction de personnages entiers et qui vient nous rappeler que la vie est un enchaînement de succès et de défaites mais que parfois une seule bonne personne suffira à vous apporter la stabilité nécessaire pour vous permettre de continuer à avancer sereinement.


Une œuvre culte à lire au moins une fois et que je vous invite à relire en grandissant pour mieux cerner tous les personnages. Qui sait, d'ici-là le manga aura peut-être enfin pu trouver sa conclusion ? C'est tout ce que je souhaite à la santé de YAZAWA Ai en tout cas... Mais sachez que même sans réelle fin, l'aventure vaudra toujours le coup !

Duozora
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 17 déc. 2020

Critique lue 235 fois

Duozora

Écrit par

Critique lue 235 fois

D'autres avis sur Nana

Nana

Nana

6

cosmos

32 critiques

Critique de Nana par cosmos

Il y a parfois des séries qui commencent très fort, mais malheureusement personne ne les connaît. Quand soi-même on en est fan, c'est un peu frustrant. En même temps, on a cette agréable impression...

le 2 nov. 2010

Nana

Nana

10

Neena

304 critiques

Critique de Nana par Neena

Ce manga me fera éternellement chialer. Il est touchant. Même pire. Incisif. Les moindres mots ont leur importance, les moindres dessins témoignent d'une harmonie délicieuse. "Nana", j'en suis...

le 19 mai 2013

Nana

Nana

2

Josselin-B

541 critiques

«Neuf femmes sur dix recommandent Nana»

S'il y a bien des tourments que je ne saurais recommander, pas même à mes pires ennemis - et ils sont nombreux - la lecture d'un Shojô en fait partie. Pourtant, que le lecteur de cette critique ne se...

le 6 juil. 2020

Du même critique

Final Fantasy XVI

Final Fantasy XVI

8

Duozora

321 critiques

La fantasy clivante

Critique originale disponible sur Duotaku no SoraLe pouvoir des Cristaux est une prison, Clive. Et il faut que quelqu'un libère ce triste monde de cette malédiction.Dans le monde de Valisthéa, les...

le 11 déc. 2023

GhostWire: Tokyo

GhostWire: Tokyo

6

Duozora

321 critiques

Seul dans Shibuya

Accueillons avec joie cette fin, qui marque l'avènement d'un nouveau commencement !Un mystérieux brouillard s'abat sur le quartier de Shibuya.Dès que quelqu'un est touché par la brume, il disparaît...

le 23 mars 2023

Platinum End

Platinum End

3

Duozora

321 critiques

Un duo culte livrant une œuvre oubliable et mauvaise au possible

Je suis venue pour te rendre heureux mais j'ai échoué... Mirai est un garçon dépressif. Alors qu'il est sur le point de se suicider, il va être sauvé par un ange appelé Nasse et recevra trois...

le 15 oct. 2021