Naruto a ceci de commun avec Bienvenue chez les Ch’tis que s’il y a en effet de véritables qualités à l’intérieur, celles-ci ne justifient pas l’engouement (disproportionné) que suscitent ces deux œuvres ; elles sont juste conçues pour plaire au plus grand nombre, consensuelles. C’est la simplicité de ce shonen qui fait son efficacité, et c’est dans une certaine mesure cette simplicité qui à la fois fait que le lecteur peut facilement s’y attacher, ou au contraire la trouver bien trop basique (ou banale).

Naruto est un shonen de type « Jump » dans toute sa splendeur : nous suivons le parcours initiatique d’un héros qui n’a pas tous les atouts de son côté à la base – il faut que le lectorat visé puisse s’identifier à ce gentil perdant, aux rêves inaccessibles au commun des mortels – dans un monde assez typé – les ninja, je crois que cela fait toujours rêver – avec de l’action, des techniques de combat toujours plus puissantes, et de l’humour. Bref, du classique ; vous pouvez remplacer le mot « ninja » par « hunter », « pirate », ou encore « pratiquant d’arts martiaux », et vous pouvez créer une nouvelle histoire. Prendre une recette qui en temps normal fonctionne ne suffisant pas, c’est ensuite à l’auteur de montrer ce qu’il sait faire avec son dessin – celui de Masashi Kishimoto est simple mais plutôt efficace – l’univers qu’il crée, sa capacité (ou non) à développer ses scénarios, etc… Et il s’en sort bien, sans jamais être exceptionnel ; disons que c’est juste ce qu’il faut pour donner au lecteur l’envie de continuer une fois qu’il est emporté par l’histoire.

Comme beaucoup de séries du même genre, Naruto dispose d’une arme « ultime » : ses personnages. Ceux apparaissant au début du manga – et je précise bien du manga, car l’anime prendra soin de changer cela – sont des figures de base : le héros idiot, la fille intelligente dont le héros est amoureux, le rival du héros bien ténébreux et surtout largement plus fort, et le maître du héros, à priori laxiste et nul mais en réalité hyper balèze. Classique, vous dis-je. Bon, après, arrivent des méchants : le butor musclé et l’efféminé avec plein de bonnes techniques, qui finissent par montrer qu’ils ne sont pas si méchants que ça. Là encore, rien de nouveau. C’est à partir du 4ème volume du manga qu’apparaissent tout à coup un grand nombre de personnages qui vont, eux, faire monter d’un cran l’intérêt pour la série ; sans vraiment éviter les profils de base, l’auteur arrive à donner naissance à de nombreuses personnalités attachantes, au premier rang desquelles une kunaichi extrêmement timide, deux olibrius aux gros sourcils, un intello qui n’en a rien à foutre de rien, un psychopathe qui maîtrise le sable, un méchant à tête de serpent, j’en passe. Dans la foulée, Masashi Kishimoto nous ressort deux gros poncifs du shonen qui ont fait leur preuve : « l’examen » et « le tournoi ». Et ça marche ! Nous arrivons là à ce qui est peut-être bien le point culminant du début la série (pour moi le meilleur de la série tout court), celui qui va attirer le succès comme un camembert en décomposition attire les mouches (j’aime beaucoup cette métaphore qui plaira à tous ceux qui réprouvent cette série). A partir de là, l’auteur peut s’envoler vers les sommets des ventes.

La force de Naruto, c’est donc de faire du basique, mais de le faire bien. Moins gore qu’un Hunter x Hunter, avec moins de temps mort qu’un Shaman King et moins de redondance qu’un Yu-Gi-Oh, et plus récent – donc plus ancré dans l’actualité – qu’un Dragon Ball, il a réussi à attirer un grand nombre de lecteurs, dont certains ont découvert le manga par ce biais. Ses bons personnages et quelques passages au-dessus du lot sont aussi pour beaucoup dans sa réussite.
Néanmoins, il convient de ne pas jouer les fans obtus. Ce manga ne dispose pas non plus que de qualités (ou d’absence de défauts), loin s’en faut. Comme toutes les séries de la Shueisha bénéficiant de leur petit succès, celle-ci se doit de sacrifier à la tradition de « l’histoire à rallonge », indispensable pour continuer à générer du profit le plus longtemps possible grâce à elles. Évidemment, cette technique souffre de nombreux aléas. Déjà, dans la mesure où nous sommes dans un shônen « Jump », le héros bénéficie régulièrement d’augmentations drastiques de ses pouvoirs et/ou apprend de nouveaux coups de-la-mort-qui-tue ; seulement, à force, cela devient plus ridicule qu’autre chose, Naruto ayant pulvérisé ses propres limites une bonne dizaine de fois depuis le début…
L’autre gros problème, c’est que même s’il a peut-être déjà la fin de son histoire en tête, le mangaka se doit de faire durer le plaisir le plus longtemps possible, de broder, de diluer ses scénarios,… jusqu’à ce que le lecteur n’en puisse plus et demande de lui-même que la série s’arrête. A moins qu’il ne se lasse entretemps. Bref, Naruto subit d’insupportables longueurs, phases d’entrainement inintéressantes ou combats sans fin. Et ça, c’est chiant. Il ne faut pas aller chercher plus loin la diminution des ventes à chaque nouveau tome de la série.

Pourtant, alors qu’il s’était installé chez moi une certaine lassitude – en particulier durant l’affrontement avec Pain – au point que j’avais presque songé à abandonner ce manga que je suis pourtant depuis la sortie du premier volume en Français, j’avoue retrouver depuis quelques temps tout ce que j’avais pu aimer dans ce manga à ses débuts : de l’action bien menée, et la capacité du mangaka à inventer des personnages aux styles variés. Je reprends plaisir avec Naruto, et c’est inespéré.
Maintenant, est-ce que je recommande ce titre ? Jusqu’à la fin de l’affrontement contre Gaara, certainement ; il s’impose comme un des meilleurs de sa catégorie. Cela peut valoir ensuite le coup d’aller jusqu’à la fin de la partie « classique », par opposition à ce que l’anime appelle « Shippunden ». La suite ménage encore énormément de bons moments, mais c’est aussi à partir de là que le remplissage et l’élongation de l’intrigue se font véritablement sentir. Mais je sais que ceux qui accrocheront aux premiers tomes ne pourront s’empêcher de découvrir le reste de cette série majeure.
Ninesisters
7
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Créée

le 24 juin 2013

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