Naruto est sans conteste une œuvre marquante dans le monde du manga et de l’animation. Son univers riche, ses personnages iconiques, et ses thématiques universelles sur l’amitié, la rédemption et la détermination en font une œuvre qui mérite d’être saluée. Cependant, malgré ses qualités indéniables, Naruto est loin d’être exempt de défauts.
L’univers shinobi créé par Masashi Kishimoto regorge de potentiel. Le système des clans, la politique complexe des villages, et les rivalités ancestrales offrent une toile de fond fascinante. Pourtant, cette richesse est souvent mal exploitée. Un exemple flagrant est la gestion du clan Uchiha. Le traitement de ce clan, au cœur de l’histoire, est à la fois fascinant et frustrant. Tobirama Senju, en tant qu’initiateur d’un système de discrimination envers les Uchiha, incarne une injustice systémique qui n’est jamais vraiment confrontée. Le choix d’Itachi de massacrer son clan pour préserver la paix est souvent glorifié, alors qu’il aurait été plus logique et plus impactant qu’il se range du côté des siens pour dénoncer un système oppressif.
Itachi Uchiha est souvent considéré comme l’un des personnages les plus complexes de la série. Si son dilemme moral est intéressant, ses actions restent profondément contradictoires. En choisissant de sacrifier son clan pour "préserver la paix", il a condamné son frère Sasuke à une vie de haine et de solitude. Pire encore, il voulait que Sasuke protège un village qui a trahi et persécuté leur famille. Ce choix, bien qu’émotionnellement puissant, est difficilement défendable d’un point de vue logique. Au final, Itachi est plus un produit des incohérences narratives de Kishimoto qu’un véritable personnage tragique.
Sasuke, de son côté, souffre également d’une écriture inégale. Si son basculement vers l’obscurité est compréhensible, son obsession pour la destruction de Konoha aurait pu être mieux développée. Plutôt que de chercher à le "ramener à Konoha", Naruto aurait dû se concentrer sur l’empêcher de faire plus de dégâts. La dernière confrontation entre les deux amis, bien qu’épique, semble forcée et inutile. Une résolution plus introspective, où Sasuke aurait réalisé ses erreurs et cherché à expier ses péchés, aurait été beaucoup plus cohérente.
L’introduction de Kaguya dans les derniers arcs est sans doute l’erreur la plus flagrante de la série. Après avoir construit Madara comme l’antagoniste ultime, Kishimoto sort de nulle part un personnage divin qui manque cruellement de développement. Son rôle aurait pu être mieux amené, par exemple en la présentant comme une entité légendaire ayant planté l’arbre de chakra. Malheureusement, son apparition précipitée et son absence de profondeur affaiblissent la conclusion de la série.
Naruto souffre de certains choix scénaristiques discutables. La réincarnation d’Ashura et d’Indra, bien qu’intéressante, aurait dû se limiter à Madara et Hashirama, et non inclure Naruto et Sasuke. Ce concept, pourtant riche, devient un prétexte maladroit pour justifier leurs affrontements. De plus, des personnages comme Fugaku, chef du clan Uchiha, sont sous-exploités. Fugaku aurait dû incarner un véritable leader, prêt à défendre ses idéaux jusqu’au bout, au lieu de se laisser tuer passivement.
En résumé, Naruto reste une œuvre culte qui a marqué des générations. Mais derrière ses moments mémorables se cachent des incohérences et des choix narratifs discutables qui affaiblissent son impact. Malgré cela, son influence sur le monde du manga et sa capacité à toucher ses lecteurs restent indéniables. C’est une œuvre que l’on aime autant qu’on la critique, et c’est peut-être là sa plus grande force.