Aux prémices de la pandémie de COVID et après vingt années en qualité de commercial chez un contractant général en bâtiment, Kentaro saisit l’opportunité offerte par son employeur d’une rupture conventionnée pour enfin réaliser son projet : vivre comme un NEET. Définissant originellement une catégorie de personnes sans emploi ne suivant aucune formation, le NEET est devenu une philosophie de vie à travers laquelle ses adeptes revendiquent leur marginalité et leur opposition à la société de consommation. Kentaro emménage donc dans un petit deux pièces, qu’il aménage de façon à réduire ses interactions avec le monde extérieur et minimiser chacun de ses efforts. Au milieu de sa pièce principale, se dresse ainsi une petite tente que le quadragénaire a pourvu de toutes les commodités nécessaires : un chauffage d’appoint, un fanal, une glacière, une tablette et un urinal. Une vie casanière paisible, jusqu’à ce que des événements extérieurs viennent la perturber.
Avec Neeting Life, ce n’est pas le Tetsuya Tsutsui désabusé de Poison City auquel le lecteur a affaire, bien que sa nouvelle création comporte une part de critique sociétale - particulièrement autour de la culture d’entreprise - lui conférant un léger arrière-goût acide. Reprenant le modèle du personnage solitaire/marginal qui lui est cher, le mangaka le décline cette fois sur le mode de la tranche de vie douce-amère. Car aussi étanche soit son isolement social, la vie d’ermite menée par Kentaro demeure sensible aux éléments extérieurs, ces derniers pénétrant par effraction dans son quotidien pour donner lieu à des situations cocasses qui prête - pour le moment - à sourire. Très agréable à lire, ce premier tome déroutera sans doute les familiers de l’univers sombre et torturé de son auteur. En attendant la parution du second tome, qui viendra (déjà) clôturer cette mini-série.