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le 31 mars 2024
SuivreNoir est le chemin
Quand j'ai vu que Larcenet allait adapter La Route en BD, une vague d'impatience et d'excitation était montée en moi. Bizarre parce que je n'avais ni lu le livre, ni vu le film. Mais penser que...
Je suis bien embêté à l'heure de faire un billet pour Nos cœurs noirs de suie, parce qu'il y a des choses que j'ai aimées et d'autres, ce n'est même pas que je ne les ai pas aimées, c'est plutôt que j'ai pu être parfois dépassé.
Déjà, le scénario. Il y a des choses qui vont beaucoup trop vite, des moments assez lunaires, notamment dans certains dialogues, avec parfois, et même plus souvent que de raison, du mal à comprendre qui s'exprime entre les bulles de narration, avec des narrateurs changeant et des bulles de dialogues décorrélées des personnages. Et puis à d'autres moments, le rythme redevient vraiment bon et tout fonctionne beaucoup mieux.
Pour autant, il y a un vrai scénario derrière tout ça, avec des idées intéressantes. Ça parle de charbon, d'exploitation, de quotas, de baron, de rébellion... mais ces éléments nous sont balancés sans vraiment être expliqués. Il faut attendre un moment avant d'avoir suffisamment de clés pour vraiment comprendre où l'histoire veut nous emmener.
Et finalement, mon problème tient moins à ce qui est raconté qu'à la manière dont c'est amené. Parce qu'une fois n'est pas coutume, j'ai relu la BD dans la foulée, et tout est apparu plus fluide (heureusement) dans la compréhension, même si les défauts de narration sont restés visibles. Pour autant, cela m'a permis de profiter plus tranquillement de l'histoire, avec notamment un chapitre 3 de haute volée !
D'ailleurs, le point de départ du scénariste Joni Hägg est plutôt sympa. Il est parti du vieux mythe du Père Noël qui donne du charbon aux sales gosses pour imaginer un monde dans lequel le charbon devient littéralement la base d'un système économique et politique. À partir de cette idée, il construit une histoire autour de l'exploitation, du travail et de la révolte. Et le projet a ensuite été développé pendant plusieurs années avec Stipan Morian, avec beaucoup d'échanges entre les deux auteurs et de nombreuses évolutions du récit.
Ça donne d'ailleurs encore plus de poids à cette impression d'avoir affaire à une BD très personnelle. Hägg, qui est aussi poète et possède un parcours assez éloigné des circuits classiques des comics, signe ici sa première longue bande dessinée. Et Morian, de son côté, est encore un nom nouveau dans le paysage des comics internationaux.
Pour en dire deux mots, son dessin m'a laissé exactement dans le même entre-deux que la question du scénario. Il y a des pages ou des cases qui sont franchement magnifiques, avec des compositions, des ambiances et des détails qui montrent un talent indéniable. Et puis, à côté, le trait peut changer à tout moment : ça devient plus flou, plus esquissé, passant parfois même en mode cartoon sans vraiment rien à voir avec la choucroute. C'est manifestement un parti pris graphique, mais je n'ai pas toujours réussi à entrer dans ce jeu-là.
Et c'est peut-être ça qui résume le mieux ma lecture : je vois très clairement le talent et l'ambition derrière cette BD, mais je n'ai pas toujours réussi à me laisser embarquer, notamment dans ma première lecture qui fut presque chaotique par moments.
Pour autant, je ne suis pas ressorti en me disant que c'était une mauvaise BD. Loin de là. On sent surtout un projet qui a été fait avec le cœur, avec une vraie envie de proposer quelque chose de singulier, quitte à perdre parfois son lecteur en route.
Et puis, je suis quand même curieux de voir la suite pour Stipan Morian. Parce que le bougre a tout de même signé deux comics avec Deniz Camp, l'une des nouvelles voix qui montent dans le monde des comics. D'un côté avec 20th Century Men qui promet de ouf et qui sort en France fin octobre chez Panini. Et de l'autre Bleeding Hearts, un comics Vertigo branché horreur et zombies, dont la parution a commencé en avril 26 aux US. Nul doute qu'on les verra bientôt arriver en VF ! Même si je n'avais pas vraiment accroché au Martian Manhunter de Deniz Camp, je suis carrément chaud de voir ce que leur collab' va donner !
Pour revenir et conclure sur Nos cœurs noirs de suie, je ne saurais pas vraiment à qui la conseiller, mais je ne voudrais surtout pas la déconseiller car elle a assurément quelque chose à offrir, et plus qu'un petit sachet de houille ! Néanmoins, j'en attends plus des prochaines publi de chez Morgen, sans avoir à attendre le second tome de Terre ou Lune 🤗
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il y a 6 jours
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