Manga de vengeance ultra-violent, complètement barré et parfois maladroit, Oni Goroshi ne laisse pas indifférent.
Je précise n'avoir lu que la moitié de l'œuvre, soit les huit tomes actuellement sortis en France, mais pas besoin de plus pour comprendre qu'on est ici devant quelque chose de très généreux, peut-être même trop.
Les dessins, d'abord, pourront rebuter certains lecteurs. Ils souffrent parfois d'un manque de lisibilité : l'abondance d'effets numériques, des visages dont l'apparence varie selon les situations et certaines scènes d'action difficiles à déchiffrer donnent un côté parfois amateur. Par contre, Masamichi Kawabe compense largement par son énergie débordante dans ce qu'il dessine. Du sang et des tripes, des explosions, des démons métaphoriques, des vrombissements de moteur, puis encore du sang et des tripes. Que demander de plus ?
L'écriture repose sur un mélange de clichés du récit d'action brutal (crime organisé, courses-poursuites, tabassage au marteau) et d'un humour noir absolument sans limite. Les références cinématographiques sont nombreuses et les personnages tous plus timbrés les uns que les autres, avec une mention spéciale pour Kanta Fushi, hybride père pathétique/monstre violeur.
Au fil des tomes, le récit gagne en intérêt. À la vengeance d'un Sakata inarrêtable malgré quinze ans de coma s'ajoute la lutte sans merci opposant les criminels locaux à une grande corporation, le tout enrichi par des histoires de famille et d'amitié. Le choix de relater les événements a posteriori à travers des journalistes enquêtant sur cette série de massacres de seulement quelques jours apporte une gravité bienvenue à un récit qui pourrait autrement réduire ses victimes à de simples dommages collatéraux.
Un chapitre particulièrement virtuose et drôle résume à lui seul les contrastes et l'ironie du manga : sont présentés les corps déchiquetés, brûlés et méconnaissables de plus d'une centaine de victimes, dont les noms et les âges sont minutieusement énumérés, tout en alternant avec la bonne beuverie des responsables du carnage.
Bref, Oni Goroshi est un joyeux bordel bien gore qui regorge de scènes marquantes, sans vouloir se prendre trop au sérieux. Je conseille fortement, mais uniquement aux allumés du cerveau…