Un must !
Gimenez prouve que la BD est un support avec lequel on peut tout raconter. Derrière une plume acérée et des expressions "gotlibiennes" mesurées, il nous raconte des anecdotes de son enfance - et d'autres - au sein des centres d'assistance sociale sous l'Espagne franquiste. Basée sur des heures d'entretiens avec des anciens internes, il construit une oeuvre dense et dure sous forme de saynètes. "Paracuellos" est doux-amer : on s'amusera des combines et des jeux des gamins, mais on sera horrifié de ce qu'ils endurent (faim, tortures mentales et physiques...). Tout cela est raconté sans amertume, comme des souvenirs "normaux", et il se dégage de l'ensemble un sentiment de déprime lasse teintée de mélancolie cruelle. C'est noir mais c'en est presque beau. On passe du rire au dégoût dans la même page. Si on est normalement constitué, on se révolte là où l'auteur semble accepter les faits avec zénitude.
Au delà du contexte, "Paracuellos" est un hommage à l'enfance. Quoiqu'elle soit on en a tous une et on y est attaché.
Gimenez assume pleinement la sienne et nous fait découvrir quelque part une des raisons qu'il l'ont fait devenir auteur de BD.