“Giménez est le seul auteur « pas drôle » du catalogue Fluide Glacial” peut-on lire sur le site de l'éditeur. Je dois bien avouer que, contrairement à d'autres membres de SensCritique, je suis entièrement d'accord avec cette assertion. Est-ce un défaut ? Pas du tout. Car si le but de l'auteur était de peindre un fidèle portrait de l'Espagne franquiste, des nombreuses violences et humiliations que les enfants placés dans les foyers de l'Assistance publique ont pu subir, alors, on peut dire que le contrat est malheureusement parfaitement achevé. Malheureusement, car tout ce que raconte Giménez à travers cette intégrale est véridique : il l'a vécu et/ou d'autres enfants l'ont vécus de leur côté. En cela, on pourrait presque rapprocher Paracuellos du documentaire : l'auteur ayant reçu une masse de documents « de toute une série de personnes qui furent, elles aussi, des élèves de ces foyers » (photographies, lettres, textes divers, coupures de journaux, mais surtout des enregistrements).
L'intégrale comprenant les six premiers tomes, il est à noter que le lecteur assistera à quelques modifications, mineures certes, au niveau du format et du rythme. Ainsi, les deux premiers tomes n'ont pas pour titre Paracuellos, à savoir le surnom que les enfants donnaient au foyer Batalla de Jarama puis le surnom que les lecteurs donnèrent d'eux-mêmes à la BD, mais mentionnent, dans la plupart des cas, directement le nom et le lieu du foyer concerné. Changement plus notable, le rythme se dilue de tome en tome. Ainsi, là où le premier contiendra majoritairement des scenarii de 2 pages, il faudra en compter 7-8 pour le dernier, avec des histoires qui ont de plus en plus de liens entre elles. Cela fait que les « pires histoires », par là comprenez celles qui prennent le moins de pincettes, nous seront contés dès le début. De quoi être immergé directement dans le bain.
Le dessin reste globalement le même de tome en tome. Toujours en noir & blanc, toujours à hauteur d'enfant, avec des adultes dont les visages se retrouvent enlaidit, déformé, car vu d'en bas. On est face à quelque chose de « simple » pour de la BD, certes, mais quelque chose de simple et d'efficace duquel se dégage systématiquement une beauté tragique.
Bref, une très bonne lecture qui n'a pas perdu en intérêt. Encore moins aujourd'hui alors que des personnalités « à la Franco » reviennent à la mode. Une lecture qui, pourquoi pas, pourra être suivie par un certain Barrio.