L'ensemble des mes critiques sur l’œuvre de Junji Ito:
https://www.senscritique.com/liste/Mes_tribulations_horrifiques_au_coeur_de_l_oeuvre_de_Junji_I/1956531
Ce recueil tout récent ("Genkai chitai" de son titre original, aussi connu sous le titre "The Liminal Zone" en anglais), publié début 2021 au Japon, se pose d'ores et déjà comme un incontournable parmi la production de ces dernières années de Junji Ito. Lisant (bien maladroitement encore) le japonais, j'ai eu la chance de pouvoir me lancer dans cette lecture un peu avant tout le monde, sachant que le recueil sortira très prochainement en France par chez nous aux éditions Mangetsu (en 2022 si tout va bien).
Les 4 histoires proposées ici ont été publiées sur un site de manga en ligne, ce qui a notamment donné à Ito de la flexibilité sur le nombre de pages (comme il l'explique dans la postface) et lui a permis, une fois n'est pas coutume, de développer ses récits autant qu'il le souhaitait; et cela se ressent vraiment au final: alors que le maître nous a souvent habitué à des récits courts qui se finissaient un peu abruptement (voire in medias res), ou bien en nous laissant dans le flou sur certains éléments du scénario, ici, au contraire, la narration n'a jamais semblé aussi aérée, posée et explicative (au risque même de l'être trop par endroits...). Rajoutons à cela que le dessin du maître est ici de toute beauté, faisant preuve d'une maîtrise qui dénote fortement par rapport à ses plus anciens recueils (que de progrès sur ce point durant sa carrière!).
Les 4 histoires, très diverses et mêlant comme d'habitude allégrement horreur la plus pure et éléments grotesques, nous ferons visiter:
- un village des plus mystérieux peuplé de "pleureuses" (nakimezaka - litt. "la colline des pleureuses") - sans doute la toute meilleure histoire du recueil;
- un lycée catholique ultra-rigoriste aux activités suspectes (Madonna, transcrit en japonais "la femme à la colère démoniaque", tout un programme!);
- la fameuse "forêt du suicide" sur le mont Fuji, à la rencontre d'esprits facétieux (aokigahara no reiryuu, litt. "le flot des esprits de aokigahara");
- et enfin l'esprit dérangé d'un tueur en série aux capacités hors-du-commun (madoromi, litt. "dodo") - pour ce qui est sans doute, à l'inverse, l'histoire la plus anecdotique et oubliable du recueil.
Bref, un recueil très solide ("Nakimezaka" et "Madonna" en particulier sont de petits chefs-d'œuvre), et donc un immanquable du maître pour les amateurs, à classer parmi ses toutes meilleures œuvres récentes, à l'instar d'un recueil comme "Fragments of horror" (malheureusement lui aussi encore inédit en français, mais tout du moins disponible en anglais!).
PS: si vous voulez plus de détails et/ou des illustrations pour vous faire une meilleure idée, vous pouvez aussi éventuellement aller voir ici:
https://twitter.com/etrouillard/status/1502273267968716806