Polina
7.5
Polina

Roman graphique de Bastien Vivès (2011)

Quand la danse classique devient un pas de côté vers l’art

Avec Polina, Bastien Vivès nous livre une œuvre qui virevolte entre la délicatesse et l’intensité, comme un grand jeté qui se termine par un double salto émotionnel. Préparez vos chaussons de danse et vos mouchoirs, car ici, on explore le corps, l’âme, et les genoux maltraités par des heures de répétition.


Polina est une jeune danseuse qui grandit sous l’aile rigide du maître Bojinski, un prof de danse classique qui pourrait rendre Ivan Drago tendre en comparaison. Le récit suit son parcours initiatique, de l’école de danse austère aux scènes contemporaines plus libres, mais tout aussi exigeantes. C’est une quête artistique et personnelle où chaque pas de danse est une métaphore subtile (ou pas) de la vie.


Visuellement, Vivès nous fait tourner la tête. Son dessin, simple mais chargé d’expressivité, capte le mouvement comme personne. Les scènes de danse ne sont pas seulement des chorégraphies sur papier, mais de véritables ballets d’émotions, où chaque trait semble dessiné d’un seul souffle. Et si parfois les visages manquent de détails, c’est pour mieux laisser place à l’énergie des corps. Les contrastes en noir et blanc ajoutent une profondeur saisissante, comme si chaque ombre portait un soupçon de doute ou d’espoir.


Le récit brille par sa sincérité. Bastien Vivès ne romantise pas la vie de danseur, mais il ne la démonte pas non plus. Entre les sacrifices, les blessures (physiques et psychologiques), et les remises en question, Polina nous rappelle que l’art est un chemin semé d’embûches, mais aussi d’instants de grâce. Les dialogues, souvent minimalistes, laissent la place à l’implicite, à l’observation, et c’est là que réside toute la magie.


Cependant, Polina n’est pas sans ses légères failles. Certains lecteurs pourraient reprocher un rythme un peu décousu, où les ellipses temporelles laissent des questions en suspens. Mais c’est aussi le charme de l’œuvre : elle ne vous prend pas par la main, elle vous invite à faire vos propres pirouettes pour comprendre.


En résumé, Polina est une œuvre aussi subtile qu’intense, qui montre que la danse, au-delà des arabesques, est un art du dépassement de soi. Un récit qui vous fait vibrer, et peut-être même essayer de lever une jambe… mais attention au claquage.

CinephageAiguise
8

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Créée

le 20 janv. 2025

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