C’est toujours un petit événement quand une nouvelle maison d’édition se lance, surtout dans la BD. Et encore plus quand le projet arrive avec une jolie ambition éditoriale et une communication qui donne bien envie.
Avec Astrolabe, ça a vite fait banco : 9 collections consacrées aux littératures de genre (fantasy maritime, science-fiction, polar, western ou encore mythologie). Le tout porté par François Hercouët, directeur éditorial chez Urban Comics, avec l’idée de faire se rencontrer des auteurs français (jeunes ou confirmés) et de grands noms du comics américain comme Sean Murphy, Ram V ou Matteo Scalera.
Forcément, il y a aussi une belle opération de communication derrière tout ça, avec du storytelling et un branding bien travaillé. Mais ce n’est pas juste de la poudre aux yeux. Ce qui m’a vraiment plu, c’est qu’Astrolabe ait choisi de lancer son aventure avec la toute première BD d’un auteur totalement inconnu du grand public. C’est un pari risqué, mais je trouve ça vraiment cool.
Et quand on nous vend en plus une rencontre entre Pirate des Caraïbes, The Witcher avec une grande aventure de fantasy maritime, de monstres et de piraterie, autant dire que j’étais bien chaud pour découvrir ça !
Cette BD, c’est Pourpre-Sang et son auteur c’est Léo Chérel, originaire de Saint-Malo (qui d’autre qu’un Breton pouvait nous sortir une fantasy maritime ?) D’ailleurs c’est toujours à souligner, sur sa BD il s’occupe de tout : scénario, dessin, couleurs, encrage, lettrage. Pfiou ! On sent aussi l’ampleur du travail fourni à travers les nombreuses couvertures réalisées (que l’on trouve dans les carnets graphiques), toutes très travaillées.
Sinon, c’est toujours bien kiffant de voir la BD française portée aujourd’hui par une nouvelle génération d’auteurs et d’autrices. On a comme l’impression d’assister à un renouveau avec des talents qui émergent et d’autres qui s’installent. Il y a bien sûr les noms récents de Jade Khoo, Juliette Brocal, Anaïs Flogny, mais la liste est évidemment plus large.
Pour revenir au livre, très vite, on se laisse embarquer dans l’histoire. Les liens entre les personnages se tissent de manière naturelle, parfois déjà ancrés (coucou la métaphore maritime) dans un passé commun ou non. C’est fluide, efficace et bien fait. Visuellement, c’est très bon. Le trait est affirmé sur les personnages, et le travail sur les décors est impressionnant : très beaux ciels, bâtisses, navires, costumes… tout est joliment détaillé. Une double page de toute beauté se prolonge même jusqu’à la quatrième de couverture, avec des couleurs vraiment soignées. Bref, on sent une maîtrise totale de l’univers graphique.
Et surtout, l’aventure n’est pas aussi classique qu’elle pourrait le laisser croire. Le récit prend rapidement une direction intéressante, ce qui rend la lecture encore plus addictive. Je me demandais un peu ce qu’était une fantasy maritime, ça y est je suis fixé !
Pour une BD de 98 pages (plus un carnet graphique) vendue 21 €, en grand format et avec une typographie bien travaillée, on est plutôt bien ! D’ailleurs, ce n’est pas forcément une lecture qui s’engloutit (encore coucou) c’est une BD qui prend le temps de se regarder et d’explorer (c'est bon c'est fini).
Bref, c’est un grand oui. Une belle réussite pour Astrolabe qu’on espère voir s’installer durablement. En tout cas, j’ai hâte de découvrir leurs autres collections, notamment en septembre avec Le dernier Pilote de Sean Murphy et Le Quatrième Père de Matteo Scalera ou en octobre avec l'anthologie Le Phare qui accueillera du lourd côté Outre-Atlantique et France (James Tynion IV, Frédérik Peeters, Ram V, Filipe Andrade, Jorge Corona ou encore Serge Lehman - et d’autres !)