Ce manga de Jiro Taniguchi est considéré comme un chef d'oeuvre. Les critiques sont dithyrambiques et il figure sur les podiums des meilleurs seinen. Autant vous dire que j'avais des attentes particulières en achetant l'édition cartonnée chez Casterman (l'objet est réussi mais le sens d'impression européen est à mon sens une erreur).
Et bien, autant vous dire que le soufflet de mes espérances est retombé bien vite. On a affaire à un jolie conte poétique certes mais qui ne brille que par bien peu d'aspects. D'abord l'astuce du voyage dans le temps (en l'occurrence dans le monde de l'enfance) est une facilité scénaristique sans grande originalité qui vient enraciner l'oeuvre. Qu'adviendrait-il si nous pouvions revenir à l'époque de notre enfance mais avec notre regard d'adulte ? Dans cet océan des possibles, l'auteur choisit de nous présenter un héros qui d'une part veut revivre pleinement ses années de jeunesses et d'autre part veut resoudre l'énigme autour du départ inexpliqué de son paternel du domicile familial. Autant dire que la première piste explorée n'a pas grand intérêt. L'adulte dans le corps d'enfant est brillant, il réussit tout mieux que tout le monde et se réinvente une adolescence avec la crainte évidente de changer le passé et donc s'il futur (enfin une crainte très limitée). Bref rien de neuf sous le soleil si ce n'est peut etre l'ambiguïté relation qu'il entretien avec une adolescente de sa classe, tracassé par la situation il est aussi mu par son corps d'adolescent qui vient nous rappeler qu'il faut penser le corps et l'esprit en indépendance.
La seconde piste qui constitue l'intrigue principale de l'oeuvre autour de l'enquête sur la subite décision du père de quitter le foyer est plus captivante que le decorum sus-cité. Qu'est-il advenu de ce parent? Pourquoi a t-il fait ce choix alors que la famille semble naviguer dans un pur bonheur? Et ce père est-il si différent du père que le héros est devenu? Autant de questions qui seront (vite) répondues par un dénouement plus philosophique et moral qu'autre chose (principalement sur le sens de l'honneur et du devoir japonais et de ses travers).
Le dessin est très polissé, à l'image de l'oeuvre. Un trait fin et bien mené. Des expressions fades parfois les personnages ressemblent littéralement à des poupées de cires. Un dessin qui irait bien illustrer des planches de livres scolaires des années 80 ou d'un livre pour enfant (peut être est-ce là l'idée de l'auteur pour renforcer la nostalgie
Le pied de nez final ajoute une touche sympathique au manga qu'on referme un sourire aux lèvres comme un joli conte qu'on lit à son enfant le soir pour l'endormir et qui sera remplacé par un autre la nuit suivante.