Je dirais que le plus gros défaut de Rainbow est son irrégularité. Il alterne entre des planches très réussi et des représentations assez moyennes notamment dans ce qui est visage ou corps des personnages. Même chose dans le rythme, j’ai souvent alterné entre enthousiasme et lassitude, d’autant plus renforcé par la longueur du manga (je pense qu’un ou deux tomes de moins auraient été bénéfiques) et une certaine prévisibilité dans le déroulement de la narration, qui trouve un juste milieu entre une progressions horizontale mais rythmée par des arcs presque verticaux.
La linéarité de l’histoire, qui surprend rarement à partir de la deuxième moitié du manga, s’explique par un certain idéalisme du George Abe, qu’il exprime souvent de manière trop explicite et itérative. Je ne pense pas qu’on ait ici à faire à un grand narrateur.
Ce qui fait la puissance de Rainbow est sans doute l’expérience de vie qu’Abe insuffle dans l’œuvre. Toute la noirceur de la société japonaise d’après-guerre jailli des murs des institutions et de l’industrie, Mafieux, corrompus, pédophiles. La jeunesse suffoque dans les griffes d’une génération meurtrie par la guerre, désabusée et résignée à l’omerta. Dans ce contexte, l’idéalisme et même la naïveté dans témoigne l’écriture de George Abe, peut soit être vue comme une facilité scénaristique, ou au contraire, on peut reconnaitre dans George Abe la capacité de s’imprégner de l’optimisme et de la vitalité de l’adolescence.