Des chemins trop tordus pour pas grand chose...
Depuis quelques temps maintenant, quelques années, lorsqu’on me dit Jonathan Hickman, j’ai une légère tendance à foncer les yeux fermés ! Tant je suis plutôt fan de ce que nous propose cet auteur de la jeune génération. Que ce soit sur des grosses licences comme les Quatre Fantastiques, les Avengers actuellement ou des séries plus anonymes comme East of West et Projets Manhattan, entre autres.
Afin de survivre dans le futur, les meilleurs pilotes du monde doivent non seulement maîtriser leurs vaisseaux, mais aussi apprendre à voyager… dans le tems. Perdu dans les méandres du passé et de l’avenir, le Capitaine du First Wing tente de retrouver son chemin vers sa base, afin de sauver sa peau… et de mettre sur pied le programme de vol spatio-temporel qui l’empêchera de totalement disparaître. (Contient les épisodes #1 à 4.)
D’entrée, on nous en met plein la vue avec des vaisseaux prenant la fuite de l’époque des dinosaures pour se retrouver instantanément à Paris, dans un futur plus ou moins lointain, ville attaquée et détruite par des robots. Le décor est planté, et l’on va se régaler grâce à Nick Pitarra. L’artiste nous offrant des pages pleines de vie et de rythme, usant et abusant de différentes méthodes pour nous embarquer dans cette histoire. Alternance de grandes et petites cases pour tenir le regard alerte, rangée de colonnes pour saccader et décomposer l’histoire, la scène, l’action. Des objets donnant l’impression d’aller d’une case à une autre, superposition, explosion et j’en passe. L’artiste arrive malgré ses traits un peu imprécis à nous offrir des personnages attachants. Le genre d’artiste qui donne une vision générale brouillon comme peut l’être un R.M. Guéra (sur Scalped) mais qui nous bluffe lorsqu’on prend le temps de s’arrêter sur ses cases et ses détails.
Difficile, après, de rentrer dans l’histoire sans trop en raconter. Jonathan Hickman nous offre une petite saga en seulement quatre chapitres (lui qui aime pourtant tellement s’étaler dans le temps et sur la durée). L’histoire d’un tout jeune pilote, et de son meilleur ami, au moment où ils deviennent pilotes d’Intercepteurs Temporels, dans une guerre où l’ennemi nous est caché, dissimulé. En fait, nous ne savons rien de cet ennemi ni même de cette guerre. Et notre héros, Dom, cherche désespérément à retrouver son père, tombé au combat à travers le temps. Et tout le monde à beau lui expliquer que son père est mort, il reste persuadé qu’il a survécu quelque part dans le passé, ou le futur…
Hickman profite du fait de travailler sur seulement quatre épisodes pour passer en vitesse sur sa « vision » du voyage dans le temps. Vite fait, car personnellement elle me paraît bancale et un rien facile. L’autre souci est que nous n’avons pas le temps de nous attacher aux personnages, et encore moins à Dom. Et en même temps rien n’est fait pour créer de l’empathie. Ce qui fait que les deux cliff finaux, bien que surprenants ne nous nous font pas vibrer émotionnellement.
Si la première partie du tome, lorsque tout ce truc temporel reste dans l’abstrait, dans le théorique et dans les grandes scènes blockbuster est plutôt intéressante. Les effets sont magnifiquement bien rendus par Nick Pitarra.
La seconde partie, lorsqu’Hickman part dans son délire avec Dom, le Dom du présent, celui du futur, son père et son fils et que toutes ses vies se mélangent à travers les époques, cela devient un tantinet difficile à suivre à sacrément tirée par les cheveux. Une deuxième lecture s’impose même une fois que nous avons compris les rôles concrets de chacun.
Beaucoup y voient une histoire de science-fiction. Pour ma part, cette histoire m’a parlé sur le plan relationnel intergénérationnel. Sur ce que nous faisons de notre monde, de notre vie et des répercussions que cela a sur nos enfants. Comme ce qu’ont fait nos parents dans « leur » monde a un impact sur « notre monde ». Et deux possibilités s’offrent à nous en partant de ce constat. Où nous choisissons la facilité et nous nous simplifions la vie à nous dédouaner en disant que tout est de la faute de nos aïeux et laissons les choses se détériorer, ou on se bouge et faisons en sorte de rectifier les erreurs de nos parents pour offrir le meilleur à nos enfants.
Bref, si la réflexion est bonne, le chemin pour nous y amener choisi par Hickman est sacrément tordu et compliqué. Pas un grand comics, loin de là, il n’est pas à jeter non plus. Non c’est pire que cela en fait, personnellement il ne m’apporte rien, ne me sert à rien. Déception…