Avec sa pagination volumineuse mais aérée, préférant un découpage cinématographique et allégé, Rivages Lointains semble partir d'un récit classique dans son anachronisme (un jeune émigré italien ambitieux rejoint la pègre) pour nous amener sur des terres insoupçonnées. Le second récit qui s'entrecroise donc au premier, mafieux et renvoyant indubitablement, toutes proportions dramaturgiques gardées, aux cadors du genre (Les Affranchis, Le Parrain...) est pourtant très dans l'air du temps mais ici précisément inattendu en ce qu'il touche des figures même de l'honneur et de la virilité (toxique) : puisque le parranaige, ici, recouvre une dimension sentimentale homosexuelle qu'il faut, dans l'Amérique des gangsters allant de la fin de la prohibition à l'après-guerre, absolument gardée cachée.
En se concentrant sur trois figures (le jeune Jules/Giuliona, son mentor grand blond d'origine polonaise et l'impétueux et ingérable acolyte de Jules), en faisant progresser son drame de l'intime dans le délayer inutilement dans une myriades de sous-intrigues qui scorient parfois le genre, Flogny parvient étonnamment, en mêlant deux types de récits pourtant très balisés, à produire quelque chose de neuf. Grâce sans doute aussi à une observation intime de la pudeur et des sentiments contradictoires (ambition avec ou contre romance), dévirilisant un peu les attendus à l'aune d'une sensibilité bienvenue, et happant tout de même par le suspense généré par la situation clanique de hors-la-loi en prise aux traîtrises et à la dimension crypto-familiale.