Déjà je dois dire la première chose qui frappe : c’est un très bel ouvrage. L’objet livre en lui-même est magnifique, le genre qu’on a envie d’exposer dans son salon. Bon on ne juge pas un livre à sa couverture, mais c’est déjà un très bon premier point, l’esthétique extérieur est soignée et représente un très bel ajout à une bibliothèque.
Bon maintenant oui le plus important c’est le contenu. Vu la nature anthologique du livre, il est difficile d’en parler comme d’un bloc. Je dirai toutefois qu’il manque de vraies introduction et conclusion. J’aurais également aimé que les différents récits soient accompagnés d’un petit volet documentaire pour en expliciter le contenu (pourquoi pas avec quelques illustrations d’époques. C’est un petit raté, rien de dramatique mais ça aurait vraiment permis d’avoir un livre très complet.
Pour les histoires je vais revenir sur chacune d’entre elles indépendamment, une par une, dans l’ordre.
I. Richelieu et la création de la Marine : récit très intéressant (en même temps centré sur un des personnages historiques qui me fascine le plus). Je ne suis pas forcément très fan du dessin, mais il propose quelque chose de riche et de très efficace en ce qui concerne les ambiances. Mon plus gros bémol concerne le sujet, la narration étant plus centrée sur l’histoire de Richelieu que sur la création véritable de la marine, dommage pour une introduction, mais le récit est clair et intéressant.
II. Bougainville et les circumnavigations : là encore le style visuel ne me parle pas vraiment (surtout les expressions faciales des personnages) mais c’est plus une question de goût. Le récit est très intéressant (il faut dire que c’est un récit d’exploration et d’aventure, difficile de rater ça). Son plus gros défaut est sans doute sa taille. Cette histoire aurait mérité d’être étendue sur plus de temps. La fin avec Diderot est un peu trop didactique mais a le mérite d’exister et apporte un commentaire très intéressant sur les explorations navales.
III. Prairial, sacrifice pour la République : le récit le plus riche en action et en tension (en tout cas le plus réussi dans ce domaine). Il présente très efficacement ses enjeux et ses évènements. Dommage de se concentrer sur une histoire quasiment intime au milieu de tout ça, avec des personnages à peine ébauchés. Mais l’aspect historique est très intéressant et réussi. Le dessin, très expressif et bénéficiant des avantages du noir et blanc, fonctionne très bien et met parfaitement valeur les enjeux du récit.
IV. Dumont D’Urville, vers le grand sud : Visuellement c’est probablement la partie qui m’a le plus accroché. Un bon mélange de lisibilité et d’onirisme (adapté dans le contexte), avec des personnages expressifs et mémorables. Toutefois le récit en lui-même est un peu pauvre, ne semblant pas savoir quoi raconter exactement et voulant faire un panorama complet de la vie du personnage. Sauf qu’à raconter une vie entière d’explorations en dix pages, forcément ça va trop vite.
V. Dupuy de Lôme, un génie maritime : Cas très intéressant. C’est sans conteste le récit qui a la meilleure structure, narrant vraiment une histoire complète, avec un début, un milieu et une fin, et même une dimension presque policière. Le problème c’est que cette forme prend un peu le pas sur le fond historique. On a un déroulé presque mécanique (rencontre avec pleins de personnages emblématiques de la période pour des conversations en lien avec notre thème) et un peu l’impression à la fin de ne pas savoir exactement de quoi on nous a parlé à la fin. Peut être le meilleur passage du livre, mais aussi celui où l’absence de petit point documentaire se fait le plus violemment sentir. En revanche rien à dire sur le visuel, très réussi, vivant et plaisant.
VI. En plongée, le pari du Narval : la narration fait le choix de la simplicité mais se retrouve probablement avec le résultat le plus efficace et naturel. Vraiment un très bon passage, sur un épisode pour le coup très méconnu et passionnant, très bien raconté.
VII. Dixmude, la route des fusiliers marins : Là encore un récit très complet, qui donne vraiment le sentiment de suivre une histoire complète. Bon on ne va pas faire comme si l’histoire en question n’était pas très classique (voir cliché) pour parler de la Première Guerre Mondiale, mais elle reste très efficace. Le dessin l’accompagne bien, même s’il s’en dégage une certaine naïveté au vu du thème. Mon plus gros bémol sera sur le récit lui-même, dont le lien avec la marine (bien qu’indiscutable) questionne le sous titre du livre “400 ans sur tous les océans”.
VIII En Provence, l’autre débarquement : Initialement j’aurais fait la même remarque que pour l’histoire précédente sur le lien avec le thème général du livre. Pourtant en y repensant ça aurait été injuste. En réalité, ça tient à la structure du récit. Je ne suis pas sûr que la narration à la première personne comme ça était une bonne idée, car elle détourne l’attention du cœur du récit. Le choix de l’épisode raconté est intéressant (pour la Seconde Guerre Mondiale, Mers El Kébir ou le sabordage de Toulon auraient été plus attendus) mais méritoire dans la démarche de faire connaître un événement trop souvent ignoré. J’aurais juste décalé le point de vue de la narration mais sans ça un autre très bon segment.
IX. La Thalathine, otages sur le Ponant : Je n’irai pas par quatre chemins, c’est le passage que j’ai le moins aimé. L’histoire de base est intéressante et mérite sa place dans l’ouvrage sans question, mais la part fictive n’apporte pour le coup rien et distrait beaucoup, tout en cassant le rythme qui se voulait tendu. Mais c’est surtout le dessin qui m’a perdu, brisant quasiment toute immersion et étant même illisible par moment.
X. Charles-de-Gaulle, opération Harmattan : Un peu dommage de conclure là-dessus. Sans être intéressant, le récit manque cruellement de substance narrative. Là on a simplement un déroulé factuel des événements, sans quasiment de recherche d’en faire autre chose. Et pour le coup (oui j’y reviens toujours) un dossier documentaire aurait donné le même résultat plus efficacement. Après c’est encore une fois assez intéressant comme récit, mais pour le coup trop général et impersonnel pour être réellement prenant.
Bref vous l’aurez compris, malgré une certaine inégalité d’un segment à l’autre (inévitable dans ce genre d’anthologie) il s’agit dans l’ensemble d’une lecture à la fois plaisante et agréable. Je recommande de ne pas le lire comme moi, d’une traite, mais de piocher dedans au gré de ses envies.