Avec « Saint Georges », Danilo Beyruth signe une adaptation puissante et singulière de la légende du saint chrétien, en la replaçant dans le contexte réaliste et tourmenté de la fin de l'Empire romain. Ce roman graphique de près de 250 pages propose un récit épique, tragique et profondément humain, où la figure du héros devient le jouet de forces qui le dépassent.
Le cadre historique — celui de la Tétrarchie, entre luttes intestines entre l'Empire Romain d'Orient et d'Occident, et montée du christianisme — donne une profondeur politique et religieuse très intéressante à l'intrigue. Georges y apparaît d'abord comme un soldat loyal, un héros de guerre envoyé pour affronter une créature monstrueuse dans la région de Cyrène, en Libye. le fameux dragon prend ici la forme d'un crocodile colossal et le combat qui s'ensuit, longuement mis en scène est épique, brutal, presque cinématographique.
Le style graphique en noir et blanc, au trait crayonné et expressif, renforce l'atmosphère du récit.
Mais derrière le récit d'un combat héroïque se dessine une fresque sombre où la politique, la foi et la trahison broient l'individu. Georges, figure héroïque, devient un martyr malgré lui, pris dans un engrenage où sa bravoure ne le sauvera pas, mais le condamnera.
Une oeuvre marquante qui mêle habilement l'Histoire et la légende.