Lire Okada c'est un peu comme prendre son envol. On connait l’œuvre d'origine et lorsqu'on lit un spin-off, on s'attend à une continuité, à ce que l'auteur qui a repris le flambeau s'attache à conserver une forme de fidélité, de cohérence avec l’œuvre qu'il reprend. Okada le sait pertinemment et il va jouer avec ça constamment. D'entrée de jeu, le style détonne. Il suffit de voir la couverture pour comprendre qu'on est aux antipodes de ce que propose Kurumada. Personnage androgyne, couleurs flashy, détails chirurgicaux sur les armures. On feuillette deux, trois pages et on constate que le dessin est fait par ordinateur, ajoutant énormément d'effets, de profondeurs, de densité dans les planches mais aussi un aspect superficiel, traficoté. On est effectivement loin des dessins très scolaires de Kurumada mais aussi plus singuliers, plus vivants. Car oui rien ne remplacera la main de l'homme, sa patte. C'est comme l'auto-tune, les images générées par IA... Mais Okada fait parti de cette génération de dessinateur qui savent utiliser l'outil avec intelligence. Car la densité de ses planches, leurs dimensions, qui n'auraient sans doute jamais été réalisable autrement, ou alors il aurait fallu réduire drastiquement leurs récurrences, font de Saint Seiya G l'un des meilleurs spin-off Saint Seiya ne serait-ce que pour son dessin et ce que raconte son trait. Parce que qu'est ce que ça raconte Saint Seiya ?

Ca parle de jeunes hommes et femmes qui transcendent leur existence, qui aiguisent leurs sens, leurs puissances jusqu'à leur paroxysme. Le cosmos est une force, une énergie permettant de dépasser sa condition, de ne faire qu'un avec l'univers qui nous entoure, qui donne accès à des sens inconnus, qui permet de se rapprocher de la condition divine, qui permet aussi tordre l'espace et le temps, de détruire des galaxies, d'atteindre la vitesse du son et au delà, celle de la lumière...Quand on y pense, rarement une énergie n'a été aussi ambitieuse dans un shônen. Tous les pouvoirs même les plus complexes restaient à l'échelle humaine ou terrestre et seule la surenchère amenait à des niveaux de puissances vertigineux, mais dans Saint Seiya, on évoque très vite que le cosmos est la force vitale, l'énergie aussi bien destructrice que créatrice qui permet de détruire l'atome, de dépasser la vitesse supersonique, la force qui anime l'humanité et la connecte à la nature et aux dieux. Les chevaliers éveillés à cette force sont censés pouvoir porter des centaines, milliers de coups à la seconde et pour les plus puissant d'entre eux détruire l'espace et le temps. C'est aussi une force intérieur permettant d'atteindre l'éveil, l'osmose par l'activation de sens inconnus comme le 6, 8 ème sens.

Okada lui l'intériorité, ce n'est pas son fort. On le comprendra rapidement par la lecture des dialogues qui sont faussement philosophiques. Ça raconte la même chose en boucle. Le humains par leurs vies limitées, leurs faiblesses de corps et d'esprit, leur amour inconditionnel pour leurs semblables, peuvent dépasser leurs limites, surpasser les dieux. Et c'est tout. Le reste n'est que variations, extrapolation de ces thèmes jusqu'à plus soif. Cela donne malgré tout un charme certain à la série, même si personnellement, j'ai régulière survolé les bulles qui finissent par ralentir la lecture. (ça peut paraitre bizarre ce que je dis mais la BD n'est pas une lecture classique, on regarde plus des dessins qu'on ne lit des dialogues, enfin c'est le but recherché).

Il y a bien derrière ces réflexions un scénario, mais qui pourrait tenir sur un timbre poste. Les titans plongés dans le tartare réapparaissent, ramenés par une divinité primordiale mystérieuse Pontos. Ce dieu énigmatique désire aussi libérer Cronos, le roi des titans et les chevaliers d'or vont se mettre en travers de son chemin.

Même si je parle des chevaliers d'or, il faut comprendre que Saint Seiya G est en réalité la quête d'un chevalier en particulière, Aiolia chevalier d'or du lion. Pourquoi lui me direz-vous ? Et bien ça me parait évident, Aiolia est le premier à rejoindre le rang des bronzes, c'est le petit frère d'Aiolos du Sagittaire, le (faux) traître, qui a souffert de sa comparaison avec son frère et qui n'a pas supporté sa disparition. Le signe du lion est aussi un signe d'une grande classe, celui que tout le monde aimerait bien être car visuellement très parlant, noble. (c'est sûr que quand vous êtes vierge ou taureau, c'est tout de suite moins clinquant). De plus le gars possède des attaques à la fois super classes visuellement, simple à comprendre avec des noms trop classes (Lightening Plasmaaaa). On suivra donc un jeune chevalier du lion, présenté comme le plus jeune chevalier (première incohérence avec le manga car 80% des chevaliers d'or ont le même âge) qui va affronter une série d'adversaires, titans et géants, entrecoupés de quelques moments faisant honneur aux autres chevaliers d'or, un par tome en moyenne. C'est d'ailleurs le leitmotive d'une bonne partie de la série où l'on découvre avec plaisir chaque chevalier réinventé par Okada, et le constat est frappant, c'est souvent mieux que Kurumada. On n'est pas au niveau de Teshirogi niveau Background mais c'est super bien amené, certains personnages rayonnent de charisme comme Aldebaran ou Shura ou même Aphrodite, Deathmask..On a même du bonus avec la création d'un chevalier de bronze et d'argent, l'apparition de guest (Marine, Shaina, les bronze 5 le temps d'une case). C'est un fan service bien mesuré qui fait mouche à chaque fois sans non plus inonder la série.

Là où le bas blesse c'est dans la gestion du scénario, des personnages et des intrigues secondaires, beaucoup d'entre elles n'aboutiront pas à la fin de ces 20 volumes, seront même occultées. C'est dommage surtout que la série n'est pas d'une complexité folle. Il aurait fallu que l'auteur gère un peu mieux son rythme et mette un peu moins de combat (et moins d'Aiolia) et plus de place au scénario. Autre point négatif, c'est les armures des titans et de Cronos qui ne sont rattachés à aucun totem ou alors ils ne sont absolument pas identifiables. Bon heureusement, les combats contre les titans représente environ 60% des affrontements, le reste étant contre des géants qui n'arborent aucune armures et autres entités mythologiques que je vous laisse découvrir, là encore, un bon point pour SSG.

On pourra aussi parler des suites qui ne s'inscrivent pas dans la continuité de G mais dans des mondes parallèle...Haaa le multivers....Mais en l'état SSG reste une super série au style singulier mais super classe, à part quelques visages sur certaines cases trop enfantins ou androgynes (en même temps Aiolia a 14 ans (pas 8 comme beaucoup le pensent) et les autres gold pas beaucoup plus).

uther
7
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Créée

le 19 févr. 2026

Modifiée

le 3 mars 2026

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