Dans Salon de Beauté (avec un grand B), les hommes sont frappés par une étrange maladie qui se matérialise sous la forme d'écailles de poisson recouvrant progressivement leur peau. Une épidémie qui se propage, fait de nombreuses victimes... et agit comme une métaphore évidente du sida. Jeshua, qui tenait auparavant un salon de beauté, décide alors de transformer son établissement en refuge pour ceux qui sont rejetés par la société et n'ont plus nulle part où aller.
Le pitch me donnait déjà très envie. Les récits autour du sida demeurent essentiels, souvent bouleversants, et l'idée de représenter cette horrible maladie à travers des images très graphiques est particulièrement pertinente, comme pour permettre à la fois de créer une identité visuelle forte et de souligner toute l'horreur de ce que vivent les personnages.
Et comme souvent avec Quentin Zuttion, les planches sont magnifiques. Les traits anguleux et les couleurs bleutées, orangées ou jaunes forment un mélange somptueux. L'auteur dessine également de très beaux personnages, aux physionomies et aux couleurs de peau variés, et leur confère une sensualité qui ne les réduit jamais à leur apparence. Au contraire, il célèbre leur beauté et leur humanité, un peu comme Jeshua lui-même cherche à révéler la beauté de ceux qui l'entourent.
Comme attendu, le récit que nous livre Quentin Zuttion est profondément touchant. Il est aussi très queer, avec de nombreux codes et références que seule la communauté homosexuelle saisira peut-être pleinement.
Une fois encore, à travers son regard et sa manière de dessiner ses personnages, on ressent énormément de tendresse et d'empathie pour son casting. Il est donc très facile de s'y attacher, même lorsque l'on devine les drames à venir. Et justement, j'ai particulièrement apprécié Jeshua, qui devient peu à peu une figure presque "patriarcale". Le contraste entre sa situation devenue dramatique et une sexualité brutalement entravée, mais jamais totalement éteinte, est également très intéressant à explorer.
Mes quelques réserves concernent surtout la narration. Quentin Zuttion utilise de nombreuses ellipses ainsi que plusieurs retours en arrière, ce qui peut parfois brouiller la lecture. Par ailleurs, même si amis de Jeshua sont attachants, j'aurais apprécié qu'ils bénéficient d'un peu plus de développement, notamment au début du récit.
Malgré ces quelques bémols, Salon de beauté reste une superbe lecture de ce Mois des Fiertés.