Malgré tout ce que j'entendais dire sur lui, je n'ai jamais vraiment été attiré par ce que faisait Delisle. Mais, bon, ayant reçu cet album en cadeau, je me devais de le lire et de donner une chance au coureur.
Au début, c'est quand même intéressant. On est plongé dans le kidnapping et la séquestration de cet employé d'ONG (dont j'ignorais complètement l'histoire). Pour marquer la routine que subit l'otage pendant sa détention, l'auteur multiplie la répétition d'images (ampoules au plafond, vues en plongée de sa cellule, de son corps allongé etc). On est aussi confronté à son état psychologique: ses détresses, ses angoisses, ses plans d'évasion, ses efforts pour ne pas perdre la tête ou de garder le compte des jours. Tout cela est quand même bien décrit et rendu.
Les problèmes:
À force de subir les mêmes répétitions d'images et de situations, l'ennui s'installe aussi pour le lecteur, le récit traîne et devient vite lassant. Quand on tombe sur la même image, d'un chapitre à l'autre, dans le même chapitre et parfois sur la même page, avec seulement le texte qui diffère, l'envie nous prend de sauter des pages. Pour ne pas perdre la boule, l'otage se remémore les grandes batailles de l'ère napoléonienne, ce qui fait que le lecteur en apprend beaucoup sur les guerres du petit dictateur mais, hormis la diffusion d'une vidéo de propagande, très peu sur la guerre en Tchétchénie, qui est pourtant la raison première de l'enlèvement. L'histoire de ce petit employé d'ONG enlevé par des terroristes amateurs a peut-être soulevé la passion de l'auteur. Sûr que ce n'est guère amusant d'être menotté, des journées entières, à un radiateur ou un lit, à ne pas savoir si on reverra un jour les siens vivant. Mais en y regardant bien:
- il a été enlevé et séquestré pendant quatre mois.
- il a été nourri à chaque jour
- il n'a jamais été battu ni torturé
- ce qu'il lui manquait le plus c'était de ne pas assister au mariage de sa soeur et les croissants qu'il allait acheter à Paris (petit bourgeois, va!)
- son «évasion» n'était évidemment pas le fruit du hasard. Ses geôliers ont vite compris qu'ils n'obtiendraient aucune rançon pour lui et l'ont laissé partir. Il était devenu encombrant et le supprimer n'aurait rien donné de plus.
Somme toute, cet otage s'en est quand même assez bien tiré. Les otages enlevés par DAECH ou des personnalités comme Íngrid Betancourt (détenue 6 ans en Colombie par les FARC) n'ont pas eu cette chance.
Delisle aurait pu très bien couper la moitié des pages de cet album et le récit s'en serait trouvé beaucoup plus efficace. Trop, c'est comme pas assez, disait l'autre.