Sur les terres du Saint-Empire germanique, nulle autre musique que celle de la nature ne berce le quotidien rigoureux des provinciaux. C’est pourtant au milieu des arbres nus et des broussailles que naît la passion d’un frère et d’une sœur pour cet art : inspirés par la nature, Hans joue de ce flûtiau que lui a secrètement légué son oncle, tandis qu’Helma fait des animaux ses maîtres de chant. Une passion commune qui suscite la colère de leur père, pour qui la musique est un blasphème et une malédiction. Hans et Helma abandonnent alors la ferme familiale, bientôt en proie à la violence des maraudeurs, pour une vie itinérante émaillée de rencontres providentielles et de choix désastreux.
Je me suis d’abord laissé piéger par la dimension voltairienne de Soli Deo Gloria et par la beauté de son dessin en noir et blanc. La maîtrise d’Édouard Cour (au dessin) et de Christophe Deveney (au scénario) est réelle et incontestable. Le résultat est formellement parfait. Trop, à mon goût : le récit est balisé, laissant peu de place à l’inattendu. Les concepts de fatalité et de destin condamnent aussi l’évolution de Hans et Helma à suivre un schéma narratif prévisible. Bref, la mécanique à l’œuvre derrière cette BD est trop apparente pour que je parvienne à m’abandonner dans la lecture.
Pourtant, miraculeusement, j’ai versé ma larme dans les vingt dernières pages, sans doute parce que la « démonstration » semblait s’effacer pour simplement laisser l’émotion remonter à la surface du dessin et tendre ainsi vers une forme d’humilité. C’est du reste l’enseignement qu’il faut tirer de Soli Deo Gloria ; à Dieu seul la gloire, les femmes et les hommes n’étant que les canaux de la beauté et de la cruauté du monde.