Un exercice de style, original à plus d'un titre !
Les 276 pages de cette BD à la présentation luxueuse racontent l'histoire de jumeaux (une sœur et un frère) nés au début du XVIIIème siècle dans une ferme très modeste, perdue dans la campagne. Ils vont vivre une succession d'épreuves plus dures les unes que les autres mais, paradoxalement, chacune d'elles les fera progresser socialement, jusqu'à leur ouvrir les cours les plus prestigieuses. Le fil conducteur sera la musique : le chant pour elle et la composition pour lui, ainsi que la recherche des partitions sublimes d'un certain SDG.
À l'image de l'histoire et de son chapelet de drames, les dessins d'Édouard Cour sont sombres et évoquent des illustrations que l'on aurait pu trouver dans des livres du XIXème siècle. De mon point de vue, un supplément de pessimisme et de noirceur est apporté par les yeux des personnages qui, sauf exception, ne sont qu'une immense pupille noire.
Mais ce dernier détail est également un des éléments qui placent le récit dans une réalité parallèle. En effet, JC Deveney fait allusion à des pays, des villes et des personnages historiques mais en modifiant leurs noms. Par exemple, Venise devient "Laguna Majora" et Vivaldi devient "Aldiviva". Tout tourne autour de la musique mais celle-ci n'est pas représentée par des notes. Les bruits et la musique apparaissent sous forme de filaments aériens, arrondis ou brisés, blancs ou colorés, selon leur nature et la qualité des interprètes.
Une BD à lire pour la plongée dans une histoire parallèle de la musique du XVIIIème siècle ainsi que dans un hommage à l'univers graphique de Gustave Doré.