Val, assassinée lors d’un attentat, devient une présence spectrale condamnée à regarder le monde continuer sans elle. Passée la surprise – réelle – d’un dessin explicitement pornographique, j’ai été happé par cette position d’observateur forcé, inconfortable mais terriblement lucide. Ce n’est pas tant notre voyeurisme qui est dénoncé que notre passivité : nous regardons un monde qui baise, qui consomme, qui se brutalise, pendant que le nihilisme et la violence progressent sans résistance. Pour moi la BD porte une critique des réseaux sociaux, cristallisée autour du hashtag #LeaderBoard qui m’a semblé viser moins l’exhibition que la transformation de l’effondrement collectif en simple flux de contenus.
Visuellement, les planches de Henrichon sont impressionnantes, parfois sublimes, et donnent à cette errance spectrale une ampleur presque hypnotique.
Spectateurs m’a surtout laissé l’impression dérangeante d’être comme Val : conscient de la catastrophe et réduit à la regarder.