Ils sont intéressants, ces récits illustrés, et variés : entre trois et quarante-cinq planches en noir et blanc (et parfois rouge) produites entre 1962 et 1996, sous forme de cases ou simplement d’illustrations, souvent légendées (d’une écriture manuscrite ou typographie) mais parfois muettes – il y en a même un qui joue uniquement sur le lettrage. Et la compilation elle-même, publiée par ces « Nouvelles Éditions Wombat » qui semblent avoir par ailleurs entrepris de rééditer tous les écrits de Topor, est plutôt chouette et intelligemment postfacée.
Inutile de dire qu’on est à des années-lumière des gentils Mickey de la bande dessinée familiale. Comme souvent chez Topor, le tout est cruel – mention spéciale au « Fils de l’ivrogne ou le Petit Justicier » et à « P’tite mort » – et marqué par la misanthropie – « La Vérité sur Max Lampin », « Alfred ou l’Histoire d’une réussite ». Ce n’est pas un hasard si certains de ces récits viennent de Hara-Kiri, de Charlie mensuel ou du Petit Psykopat illustré.
Mais clairement, les Strips Panique semblent confirmer l’idée que Topor appartient à la catégorie des artistes supérieurs à leur œuvre. Même les plus scatologiques, les plus vachards, les plus orduriers de ces récits illustrés – « Max Lampin crapule ordure qui donne envie de dégueuler à tout le monde », par exemple, c’est dans « La Vérité sur Max Lampin » et il y en deux fois trente pages de cet acabit... – suintent l’intelligence, et pourtant aucun n’est véritablement une œuvre géniale. J’ai trouvé bons « le Fils de l’ivrogne ou le Petit Justicier » ou « Erik, un petit prince des Pays-Bas au bord de la mer » ; mais ce ne sont pas des chefs-d’œuvre.
Incontestablement, ces Strips Panique sont tout aussi touchants et plus recherchés que le Gros dégueulasse de Reiser, par exemple, auquel ils font parfois penser. Mais je persiste à les trouver moins aboutis et moins réussis.