Cette bande dessinée s’est d’abord imposée à moi par sa 4e de couverture. Car cette création me plaît plus que celle figurant sur la 1ère. Parce qu’Othello est allongé dans un paysage qui me parle et qu’en plus la végétation est prise dans le gel. J’adore ce phénomène naturel, la sensation derrière le fait de toucher des herbes, branches… saisies par le gel. En général le ciel au-dessus n’est pas bleu mais qu’importe que la réalisation ne corresponde pas à 100% à ce que j’ai vécu. Le ressenti demeure présent.
On pourrait en rester là mais Terre ou Lune ne se limite pas à ses couvertures : il y a plus de 280 pages à lire dans ce premier volume ! Des réalisations à l’aquarelle en plus ce qui m’a fait m’interroger sur les progrès de la reproduction, quels procédés sont utilisés pour rendre sur le papier ce qui est peint par l’artiste, repenser aux mélanges nécessaires pour obtenir telle ou telle couleur.
Surtout, Terre ou Lune propose une intrigue qui se déroule loin des villes. L’appel des oiseaux, des champs, grimper en montagne, plonger dans un cours d’eau, avoir son coin secret entre potes : oui la bande dessinée peut vous rappeler bon nombre de souvenirs. Mais cette bande dessinée ne tire pas sa force de sa seule capacité à « me parler ». Il y a aussi une case qui pourrait figurer sans problème dans un film Ghibli ; des passages réflexifs sur le temps passé séparé de ses amis et donc il nous manque un vécu commun qu’il n’est pas toujours aisé de rattraper et qui interroge sur la place qui est désormais la nôtre, si d’ami on n’est pas devenu bouche-trou…
Jade Khoo me paraît ainsi mêler à la fois des éléments fictifs mais aussi des passages qu’elle a pu vivre/ressentir. D’où l’impression qu’elle ne triche pas. Les personnages principaux ont aussi une allure androgyne et des prénoms épicènes si bien que d’une case à l’autre tel personnage voyait son identité de genre évoluer dans ma tête.
Terre ou Lune est ainsi une bande dessinée qui se ressent. Le seul regret est de ne pas pouvoir toucher les planches peintes, de gratter la peinture pour faire davantage corps avec cette grande œuvre… en attendant la seconde et dernière partie.