Il nettoie comme Léon, ne part pas dans les tours comme les nettoyeurs de En, dort dans la baignoire et fait de la muscu nu. Akira Satô a tout du tueur parfait tout droit sorti d’une fable. Mais, surprise, son patron lui ordonne de se mettre au vert avec sa partenaire de mission (qui sera officiellement sa sœur, Yoko Satô) pour un an. Défense de tuer, même si c’est un gars qui fait d’la thaï contre des poteaux qui le provoque.
Katsuhisa Minami nous embarque ainsi dans le quotidien d’un duo un peu barré, où la frangine, pour lutter contre l’ennui, passe son temps à boire et dormir tandis qu’Akira cherche un petit boulot (où il culminera à 1000 yens de l’heure) et apprend comment se comporter en société. À partir de ce décalage initial (un tueur qui, comme un enfant, doit apprendre les normes de la vie « normale ») l’auteur construit son récit en 3 grands segments qu’il parsème de moments plus ou moins anodins (cuire du sanma, fêter Noël, sauter d’un pont, faire fuir un ours…). Cela m’a fait penser à Gintama où le running gag sur Zura a été remplacé par les réponses 1er degré d’Akira aux questions de son nouvel entourage. Certaines valent vraiment d’être lues !
Là où Hyaku/Hyakkimaru (Search and Destroy/Dororo) récupère des parties de son corps (et son humanité) en vainquant des démons, Akira débloque de nouvelles compétences en fréquentant ses semblables sans les tuer, tout en utilisant ses réflexes de tueur pour désamorcer certaines situations. Car ce n’est pas parce qu’il se met au vert qu’il évolue dans un environnement dénué d’escros, de frotteurs et autres individus à éviter. S’il ne cherche pas les ennuis ces derniers viennent à lui. Mais il a au moins le temps de regarder son comique préféré à la télé. Il y a des activités qui n’ont pas de prix.
On se laisse donc vite entraîner dans ce récit à la galerie de personnages resserrée (une 10aine) et donc plus facile à mémoriser, où les dessins d’Akira nous rappellent que pour véhiculer une idée, un sentiment, il n’y a pas besoin d’être un virtuose mais de savoir quoi mettre en avant dans les lignes que l’on dessine. Oui, ses animaux version « dessins d’un gamin de 5 ans » ne valent pas ceux d’Igarashi mais l’essentiel est ailleurs ici. On regrettera par contre la présence de coquilles dans les tomes, qui signalent que le travail de relecture est imparfait.
The Fable s’impose donc comme un manga au design réaliste, à la narration simple et qui a su trouver un équilibre pas évident à première vue entre humour (parfois noir) et passages glauques. Comme un C’est arrivé près de chez vous mais qui proposerait une saison 2 : quand le tueur à gages se met au vert. Ce manga est un plaisir à lire. Ne passez pas à côté si ces thématiques vous plaisent.