Avec The Forty-Niners, Alan Moore orchestre une préquelle élégante et profondément attachante à l’univers de Top 10. Ici, l’ambition est moins dans le vertige narratif que dans la construction d’un monde en plein essor, celui de Neopolis juste après la Seconde Guerre mondiale, quand héros, monstres, robots et prodiges tentent de bâtir une société nouvelle. Moore joue avec cette période charnière comme avec un miroir historique : derrière les capes et les gadgets, on sent les tensions d’une Amérique qui découvre l’ère moderne.
Le charme du récit repose sur deux piliers. D’abord, le duo formé par Steve Traynor et Leni Muller, dont la relation, subtilement écrite, apporte au récit une dimension intime rare dans les récits super-héroïques. Ensuite, l’incroyable travail de Gene Ha : son trait précis, ses architectures rétro-futuristes et cette palette lumineuse qui évoque autant les pulps que le réalisme documentaire donnent à Neopolis un souffle visuel inimitable. Chaque page déborde de détails, comme si la ville respirait en dehors des cases.
Moore, plus doux mais toujours incisif, explore la bureaucratie héroïque, le poids des préjugés, l’enthousiasme naïf du progrès — un mélange qui donne au livre une tonalité nostalgique, mais jamais passéiste. On sent le plaisir du créateur à imaginer comment naît une cité de surhommes… en révélant surtout ce qu’elle a d’humain.
Résumé
Un récit fondateur riche, tendre et brillamment illustré : une naissance de Neopolis à la fois intime et grandiose.
🦸 Un préquel qui éclaire tout un univers sans jamais perdre son âme.