Poursuivant mon exploration de la bibliographie de Jeff Lemire afin de tâcher de comprendre son succès et sa réputation, The Terrifics pouvait faire figure de passage obligé puisqu’il se place dans la continuité DC, une bonne manière de déterminer comment il peut s’approprier un univers préexistant et que je connaîtrais un peu.
Bien entendu, il l’approche d’une façon très originale, préférant raconter sa propre équipe que de se frotter à des figures trop emblématiques, où sa liberté artistique serait restreinte. Aussi commence-t-on par voir comment se forment les Terrifics, un pastiche évident des FF, dès le nom lui-même puis dans la distribution des pouvoirs et des caractères.
La dimension humoristique en est assumée dans le ton comme dans la structure éditoriale et la nature des péripéties : aussi importantes qu’elles puissent paraître, celles-ci sont systématiquement résolues en un ou deux fascicules, avec force deus ex machina.
Pour autant, ce n’est pas un run que l’on peut attaquer par n’importe quel bout, puisque Lemire change plus ou moins légèrement l’équipe au gré des épisodes, et surtout imagine pour chacun des protagonistes un fil rouge permettant de lui conférer un peu de profondeur : Phantom Girl souhaite ainsi retourner sur sa planète d’origine, Metamorpho souffre de devoir vivre sous le toit du père de sa compagne, lequel exploite ses pouvoirs, Plastic Man regrette d’avoir abandonné son fils, Mr. Terrific est dans le deuil de sa femme, tuée lors d’un accident de voiture…
Le procédé est artificiel, mais très efficace, et rend à mon avis les ultimes fascicules de ce run (Lemire abandonne l’écriture des Terrifics après le numéro 14, soit à la fin du premier volume publié par Urban) bien meilleurs que les premiers, moins gratuitement fanfarons, une certaine texture humaine s’ajoutant à la légèreté un peu fatigante des aventures.
La suite de la critique sur Comics have the Power : https://comicspowercom.wordpress.com/2020/11/25/review-the-terrifics/