Je ne suis pas un expert en Thunderbolts. Je connais grosso modo le concept de base de la série, et j'ai aussi lu le fameux run de Warren Ellis, qui réinventé un peu l'équipe. Mais j'ai eu envie de tester cette version "Heroic Age" des Thunderbolts, avec Jeff Parker au scénario, que je connais surtout pour ses nombreuses séries assez inégales Agents of Atlas, et avec Kev Walker aux dessins. C'est un dessinateur dont je ne suis pas toujours fan puisque son trait particulier ne colle pas forcément aux histoires qu'on lui fait dessiner, mais ici il semble vraiment à sa place.
Le concept de cette version des Thunderbolts est assez simple : il s'agit d'une équipe de super criminels prisonniers au Raft auxquels on offre plus ou moins une chance de rédemption en leur faisant faire différentes missions sous la supervision de Luke Cage. Le choix de Cage pour ce rôle est assez étonnant puisque ce n'est pas vraiment le genre d'histoires dans lesquelles il est habituellement, mais pourquoi pas. Surtout que son rapport à la prison est particulier vu qu'avant d'être un super-héros, il a été emprisonné à tord et ce n'est qu'en subissant des expérimentations qu'il a pu retrouver sa liberté (et encore, il a dû se recréer une identité pour ne pas avoir d'emmerdes avec la maréchaussée), ce qui n'est pas tout à fait la même dynamique que des criminels en quête de rédemption, pour lesquels on aurait pu aller chercher des profils plus proches qui ont commencés comme vilains/criminels comme Scott Lang, Hawkeye, Scarlet Witch et Quicksilver, Black Widow ou même Falcon si on considère sa phase "Snap Wilson" canon.
Toutefois, on ne va pas bouder le plaisir de retrouver Luke Cage. Son caractère colérique et intransigeant en font un bon supérieur par rapport à la tonalité un peu militaire de la série et de l'équipe. En outre, son physique musculeux colle parfaitement au dessin de Kev Walker. D'ailleurs, comme je le disais au début, l'artiste est vraiment à son aise sur cette série, où le fait de devoir dessiner des super criminels taulards lui donne l'excuse parfaite pour dessiner des tonnes de gars méga baraqués avec des gueules cassées. C'est très amusant à regarder, même si les personnages sont parfois pas hyper évidents à reconnaître.
Son redesign de Luke Cage est plutôt intéressant. J'aime bien le fait qu'on garde son bouc et son crâne chauve devenu un élément marquant du personnage avec New Avengers, tout en lui mettant un T-Shirt jaune qui renvoie à sa chemise des années 70 et qui est plus iconique que les vêtements civils qu'il avait souvent à l'époque. L'ajout des bracelets énormes sur les bras à ses avantages et inconvénients. Ca lui donne un look plus super-héroïque qui n'est pas plus mal, mais ils n'ont pas vraiment de sens ni d'utilité non plus, et ils font rapidement penser au héros The Gauntlet vu principalement dans la série The Initiative.
Ce premier tome du remaniement des Thunderbolts est assez inégal. L'équipe est pas top mal avec pas mal de membres historiques de l'équipe qui sont dans le coin : Songbird, Mach-V, Fixer et Moonstone, avec des vilains plutôt intéressants qui les rejoigne : Ghost, Juggernaut et Crossbones. Le tome est assez court et très chargé en évènements donc on a pas énormément de temps pour creuser chacun d'entre eux pour le moment, mais ils offrent quand même des caractères assez différenciés.
Notons qu'ils sont rejoint par Man-Thing qui leur sert de téléporteur. La justification de sa présence au sein de l'histoire est pas hyper convaincante, mais il apporte tout de suite quelque chose visuellement à l'équipe. Il a un excellent design, c'est le genre de perso qu'on a envie de voir dessiné par Walker, et il sert aussi de note d'attention pour dire qu'on ne partira pas sur quelque chose de trop terre à terre.
Donc comme je le disais, ce tome est assez inégal. La plus grosse frustration reste ce twist de fin de numéro #1 hyper surprenant, qui aurait pu faire basculer la série dans une direction inattendue et qui est en fait désamorcé de manière nulle hyper rapidement au début du numéro #2. A part ça, la série se laisse lire mais sans jamais vraiment briller. Les personnages manquent de caractère et aucun d'entre eux n'est vraiment attachant (en même temps c'est une équipe de vilains ce qui n'aide pas). Les dialogues ne sont pas particulièrement remarquables non plus. Quant aux missions, elles sont pas franchement folles. La première consiste juste à aller bastonner des trolls et manque un peu de saveur, la suivante est une exploration de grotte pour bastonner des monstres. Bon je résumé grossièrement et heureusement à chaque fois il y a des twists, des bonnes idées et de bons passages, mais c'est pas non plus des mésaventures particulièrement incroyables. Peut-être est-ce dû aux objectifs peu intéressants et au déroulé des missions un peu trop chaotique.
Toujours est-il que la 2e mission est quand même l'occasion de parler des cristaux tératogènes des inhumains et ce n'est, bien entendu, pas toujours hyper raccord avec ce qui s'est fait quelques années plus tard après l'event Infinity avec l'ascension des inhumains. On est encore à l'époque avec une conception où les brumes tératogènes semblent faire muter tout le monde, sauf que tous les humains semblent se transformer en monstre en les respirant, quelque chose qu'on ne retrouve pas vraiment dans la mythologie de la brume tératogène après 2014. Et pareil, cette histoire de grotte avec des cristaux teratogènes cachés est elle vraiment compatible avec le fait qu'après IvX les inhumains n'avaient plus de cristaux et étaient obligés d'aller dans l'espace en chercher ? Est-ce que Black Bolt et Maximus avaient été récupérer tous les cristaux avant de faire exploser leur bombe tératogène durant Infinity ? Est-ce que la famille royale s'est fait chier à aller dans l'espace simplement parce qu'ils n'étaient pas au courant qu'il y avait encore des cristaux cachés sur Terre ? Toutes les hypothèses sont possibles.
Après cet aparté improbable sur la continuité des inhumains, j'aimerais quand même revenir sur le dernier numéro du tome, qui reprend apparemment l'intrigue des numéros #3-4 de la série Avengers Academy que je n'ai pas lu. Avengers Academy a visiblement eu pas mal de mise en avant au moment de l'arrivée de leur série puisqu'ils avaient aussi le droit à l'époque à un arc d'Amazing Spider-Man où ils étaient en guest-star. Terrible pour des personnages aujourd'hui quasiment totalement oubliés dans l'univers Marvel. Mais en tout cas, le fait que ce numéro de Thunderbolts reprenne une intrigue d'Avengers Academy donne un truc un peu foutraque où l'intrigue est racontée en 4e vitesse, un peu expédiée, ce qui fait un peu bizarre. Et honnêtement, pendant une majeur partie du numéro elle n'est pas très intéressante à lire. Et puis on arrive soudainement à une scène d'action dantesque, certainement la meilleure du tome, et tout simplement un excellent moment de baston de comics de super-héros, et l'honneur est sauf.
Il faut vous imaginer une baston en vue de côté façon scène du couloir dans Old Boy. Les pages sont découpées en trois bandes, avec chaque bande qui correspond à un endroit et un perso. On suit donc trois bastons en simultanées, et c'est jouissif. Surtout la bande du haut, où un John Walker, ex U.S.Agent devenu directeur de prison avec une jambe en moins, un crochet à la place d'une main et se déplaçant en fauteuil roulant, se met à bastonner une bande de prisonniers en fuite. C'est incroyable. Et la bande du bas consacrée à Luke Cage est fort réussie également. Bref, ce passage était excellent, même si complètement bas-du-front.
Bref, que penser de ce Thunderbolts: Cage ? L'idée est intéressante, l'ambiance pas désagréable, les dessins plutôt solides et y a clairement un peu de potentiel mais pour l'instant la série n'arrive pas vraiment à l'exploiter. Après, comme toute série d'équipe, c'est souvent sur la longueur qu'elles arrivent vraiment à se déployer. Donc il faudra voir ce que Jeff Parker et Kev Walker (s'il continue de dessiner la série) arrivent à faire par la suite. Pour l'instant ça se laisse lire mais c'est pas vraiment le haut du panier du comics de super-héros.