J’imagine ne pas avoir été le seul lecteur de cet album à ne pas connaître, avant de l’ouvrir, l’existence de Victor « Young » Perez, Juif tunisois champion du monde de boxe anglaise dans les années 1930 et mort en déportation en 1945.
J’imagine aussi que l’individu réel ne fut pas aussi monolithique que dans la fiction. Car on a ici un homme parfait : talentueux, altruiste, digne en toute circonstance… Il n’a pas de défaut. C’est tout juste si son goût pour les femmes le dessert – mais quel champion du monde de boxe à vingt ans laisserait l’amour de côté ? Ça en devient gênant, d’autant plus qu’il y a des nazis en face, et il y a quelque chose de gênant à l’écrire : Young finit par faire figure de tête à claques. (Et le premier qui me fait dire que ceci justifie sa mort n’a qu’à prendre des cours de lecture intensive : ceci ne justifie pas sa mort.)
Techniquement, à partir de ce scénario elliptique et typique des biographies en images – un traumatisme initial, la gloire naissante, l’adversité, la fin –, le dessin d’Eddy Vaccaro n’est pas mal foutu, quoique les scènes de boxe aient tendance à manquer de dynamisme.
On se retrouve donc avec un album suffisamment intéressant pour qu’on ne regrette pas de lire quand on a trois quarts d’heure à passer à la bibliothèque, mais pas assez bien ficelé pour qu’il nous hante.