Un travail comme un autre
7.3
Un travail comme un autre

Roman graphique de Alex W. Inker (2020)

J'aime beaucoup le style graphique, en particulier les expressions du héros qui sont quelque part entre le mime Marceau et Buster Keaton. En revanche je trouve chez Inker la même critique que chez Tardi : les mains des personnages sont trop grosses. Et sinon, ce choix de coloration à l'ancienne, en plan noir rouge (avec des pointillés rouge pour faire du rose) donne l'impression de lire un vieil album des Pieds Nickelés, c'est un bonheur assez nostalgique qui moi m'embarque.


Bon, par contre, l'histoire... On se demande parfois où tout ça veut aller. On suit donc Roscoe T. Martin, un beau-parler passionné d'électricité qui se retrouve à reprendre la ferme du père de Marcia, une jeune femme dont il est tombé amoureux et à qui il a fait un enfant. Roscoe n'a rien d'un fermier et c'est l'époque de la dépression : il met au point un stratagème pour se refaire. Une nuit d'orage, il fait tomber un arbre sur le fil électrique. Il dérive le courant pour alimenter une batteuse qui lui fait économiser le prix des saisonniers. Mais la police le rattrape : un employé de la compagnie d'électricité est mort pars sa faute en rétablissant le courant. Roscoe est envoyé, après un jugement sommaire, au bagne de Kilby pour 20 ans.


La suite du livre suit la détention de neuf ans que connaît Roscoe au bagne. Il met au point des combines, que ce soit à l'atelier de traite des vaches, au chenil puis à la bibliothèque. Mais l'acharnement d'un maton sadique lui vaudra un coup de couteau, puis de garder un bras paralysé. Il et finalement libéré pour bonne conduite grâce à l'intervention du sergent Taylor, un passionné de cheval et de chien. Roscoe rentre à la ferme : elle est désormais habitée par son ami Noir Wilson (qui a fait de la mine et y a perdu un bras), ainsi que sa famille. Marcia est partie. Roscoe vit dans le cabanon. son fils, devenu un grand gaillard qu'il ne reconnaît pas, vient le voir. Mais un soir d'orage, Roscoe, furieux contre le sort, retourne face aux lignes électriques. On le retrouve électrocuté.


La BD semble se contredire elle-même... Le personnage est rusé, habile, a de l'allant, mais le déterminisme social le rattrape, et quand il semble avoir surmonté les épreuves, on finit sur un dénouement sombre. Je n'ai pas bien compris. Et le personnage de Marcia est assez médiocre, on comprend mal pourquoi elle le laisse tomber aussi facilement.


Un ouvrage intéressant, à l'esthétique très chouette, entre Little Nemo et les Pieds Nickelés, qui me donne envie de lire d'autres BD d'Alex. Inker, mais dont l'histoire qui tient à se terminer sur du déterminisme social me laisse un peu perplexe. Et puis ce titre... J'ai l'impression que le roman d'origine se centrait davantage sur l'électricité, qui semble le fil conducteur (si vous me permettez cette métaphore) de l'histoire, mais la bande dessinée, qui se plonge avec amour dans la culture matérielle de l'Amérique profonde des années 1930, me semble se perde un peu en route. C'est en tout cas mon hypothèse.

zardoz6704
7
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le 24 févr. 2026

Modifiée

le 25 févr. 2026

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