Encore une fois, on va commencer cette revue en parlant du livre en lui-même, parce que côté 404, ils ne blaguent jamais. On a un super bel objet, une couverture assez folle, un papier de grande qualité (parfois, j’ai même eu l’impression d’avoir deux pages dans la main tellement il est épais) et une finition très marquée. 404, Nicolas Beaujouan, c’est vraiment les boss pour ça !
On va continuer en parlant des dessins d’E.M. Carroll, parce que c’est ce qui marque assez rapidement. On a d’entrée un superbe noir et blanc vraiment propre, qui donne un vrai aspect cinématographique à l’histoire. Et il y a aussi des passages en couleur, dont on parlera plus tard, qui sont vraiment stylés et qui marquent tout le côté fantaisie du livre.
Bon, mais maintenant on se pose la question : qui est donc cette invitée dans la demeure (super titre au passage) ? Car tout au long de ce qu’on pourrait appeler un thriller horrifico-dramatique, il y a un vrai suspense autour de ça. Mais il est préférable de ne rien en dévoiler et de plutôt s’intéresser à la protagoniste de l’histoire, Abby.
C’est une femme lambda, qui se complaît dans son nouveau rôle d’épouse et de femme au foyer, dans un petit village américain (ou canadien), mais qui bénéficie d’une superbe construction, notamment à travers la complexité de son personnage. Une complexité qui passe aussi par sa banalité : ses craintes, ses faiblesses, ses limites, son dégoût d’elle-même, les projections et les idéalisations d’une autre vie, d’une autre version d’elle-même. Mais aussi son rapport à sa propre personnalité, à son corps, à sa place de femme, voire d’éventuelle mère.
Bref, c’est un personnage que j’ai trouvé vraiment bien construit dans la banalité de sa représentation, et qui participe à la jolie tension qu’on ressent tout au long du bouquin, avec des twists bien amenés.
Et ces fameuses pages en couleur dont je parlais : elles font à chaque fois un lien direct avec le subconscient d’Abby, où l’on retrouve Sheila, l’ex-femme de son mari, les deux autres grands protagonistes de l’histoire. Petite parenthèse : je me demande si je suis le seul, mais le superbe graphisme de Sheila m’a fait penser à celui de Yourcenar dans le Fantasy de Yoann Kavege.
Bref, concernant l’histoire qui nous est proposée et dont il est quasi impossible de parler sans spoiler, on peut se faire plusieurs interprétations, et je pense que la compréhension de l’histoire peut être différente selon la personne qui la lit, et même selon le moment de lecture. D’ailleurs, je pense que je vais rapidement me refaire la BD pour voir où ça me mène.
Mais c’est franchement un super titre horrifique, qui m’a aussi fait penser au film Rosemary's Baby, dans cette douce tension qui monte au fil du récit. Une histoire qui s’inspire d’ailleurs du roman gothique Rebecca de Daphne du Maurier.
Merci à Babelio pour, encore une fois, cette belle initiative qu’est Masse Critique, qui permet à des lecteurs lambda comme nous qui ne recevons pas mille service presse par mois, de profiter du plaisir de réceptionner un livre dans sa boîte aux lettres. Et merci à 404 d’avoir joué le jeu sur cette session en proposant plusieurs super BD.
J’étais vraiment refait en voyant que j’allais recevoir L’invitée dans la demeure, sachant qu’il était sur ma liste depuis un moment. Et je le suis encore plus maintenant qu’il trône dans ma bibliothèque, après m’avoir fait passer un super moment de lecture. J’ai déjà envie de le relire, un soir dans le noir, pour voir quelles sensations il pourra encore me donner.