Pour une bande dessinée « réaliste », "Une vie sans Barjot" n’est pas très « sociale », au sens où on l’entend lorsqu’une œuvre parle de misère : on y suit la dernière soirée, avant son départ pour Paris et sa fac, d’un petit-bourgeois blond tout juste bachelier. Soirée — nuit blanche — faite de marche à pied, d’amitié, d’amour, d’alcool et de drogue avec modération, de violence bien peu "sublimée", de musique, de littérature, avec les références d’usage : notre héros se la joue un peu, comme nous l’avons tous fait en pensant être seuls à comprendre Kerouac ou Rimbaud, contre tous les adultes.
Cela dit, je doute que les auteurs aient délibérément recherché un lectorat qui s’identifiât à notre héros : il n’y a pas pas dans leur récit ce côté racoleur qui plombe pas mal d’œuvres sur l’adolescence, façon "le Cercle des poètes disparus" et les sous-Salinger. On trouve plutôt une subtilité douce-amère, tout en nuances, à la façon de Salinger, justement, ou du Vialatte de "Battling le ténébreux".
Le dessin est plutôt classique, avec son trait sobre et ses teintes récurrentes — gris bleuté de la nuit, tons chauds de la fête… Et le scénario n’est pas avare de clichés : l’errance nocturne et ses rencontres fortuites, les séparations qui inquiètent, les amours qui sortent de l’ombre, les promenades sur les toits… Mais parfois le classicisme et le cliché sont reposants.
Et en définitive, "Une vie sans Barjot" est très « sociale », dans le sens où elle dresse un portrait assez fin de cette jeunesse de province ni misérable ni dorée, ni résignée par avance ni gagnante sans avoir eu à se battre — qui cherche dans l’art, l’amour ou la connerie de quoi continuer à exister.
Alcofribas
7
Écrit par

Créée

le 14 oct. 2014

Critique lue 178 fois

Une vie sans barjot

Une vie sans barjot

9

litout

le 17 mars 2011

Suivre

Critique de Une vie sans barjot par litout

Le bac en poche, Mathieu, 18 ans, s'apprête à rejoindre Paris pour y poursuivre ses études. Il va quitter cette ville de province et tous ses copains. L'album de Appollo (récit) et Oiry (dessin)...

Une vie sans barjot

Une vie sans barjot

7

Alcofribas

le 14 oct. 2014

Suivre

Reposant

Pour une bande dessinée « réaliste », "Une vie sans Barjot" n’est pas très « sociale », au sens où on l’entend lorsqu’une œuvre parle de misère : on y suit la dernière soirée, avant son départ pour...

Une vie sans barjot

Une vie sans barjot

8

Blauw

le 27 mars 2011

Suivre

Immature et sage.

Un Appollo en verve nous livre une chronique à la fois immature et pleine de sagesse, aux multiples références littéraires et cinématographiques, avec des ruptures de tons et de style qui payent. Les...

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

Chroniques de la haine ordinaire, tome 1

9

Alcofribas

le 6 août 2013

Suivre

Littérature

Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...

Un roi sans divertissement

Un roi sans divertissement

9

Alcofribas

le 4 avr. 2018

Suivre

Façon de parler

Ce livre a ruiné l’image que je me faisais de son auteur. Sur la foi des gionophiles – voire gionolâtres – que j’avais précédemment rencontrées, je m’attendais à lire une sorte d’ode à la terre de...

Le Jeune Acteur, tome 1

Le Jeune Acteur, tome 1

7

Alcofribas

le 12 nov. 2021

Suivre

« Ce Vincent Lacoste »

Pour ceux qui ne se seraient pas encore dit que les films et les albums de Riad Sattouf déclinent une seule et même œuvre sous différentes formes, ce premier volume du Jeune Acteur fait le lien de...