Les trois premiers tomes sont des chefs d’œuvre mais la série dégringole un peu entre ses voyages temporels en guise de pirouettes narratives et une vision plus vieillotte de la science fiction.
Ce qui est compréhensible car la série a quand même dépassé l'âge vénérable d'un quart de siècle mais comme Battlestar Galactica et The Expanse, je me fais décidément la remarque que la science fiction occidentale supporte beaucoup mieux l'épreuve du temps en privilégiant un cadre spatial qu'en déplaçant son récit dans un ancrage plus urbain où la peinture de ces civilisations futuristes est forcément plus sujette au vieillissement dans la réception du lecteur.
En l'occurrence, les péripéties des premiers tomes sont extraordinaires entre cette géniale idée d'un purgatoire symbolique pour des militaires honnis par la hiérarchie (et globalement leur société), une échelle proprement vertigineuse de l'exploration spatiale et un travail incroyable sur les multiples ambiances pour apporter de la diversité visuelle malgré la contrainte d'un décor métallique (l'emblématique dialogue du Dinner où un personnage se plaint justement de l'uniformisation esthétique autour d'eux alors que le dessin parvient pourtant à conférer à la scène une atmosphère particulière).
Et ensuite...On rentre dans le vif du sujet, pour son auteur tout du moins, avec l'omniprésence des voyages temporels et des découvertes technologiques en guise de ressorts narratifs. Il y a d'ailleurs un sentiment paradoxal de cohésion globale d'univers et de l'impression pourtant tenace d'un récit brouillon qui improvise au fur et à mesure ; l'auteur s'en défend bien évidemment en accordant même dans cette édition intégrale ses documents d'écriture personnels sur cette gestion d'une chronologie alambiquée mais il admet aussi dans le même temps que Universal War One a été élaborée dans la précipitation face à la chance inouïe qui lui était accordée de développer enfin sa propre série.
De nombreux lecteurs en ont déjà fait la remarque mais le dernier tome laisse un goût assez amer à ce titre, notamment le personnage de Mario complètement invraisemblable dans son évolution. En contrepartie, il y a par contre une vision assez nihiliste d'un déterminisme à des années lumières des fables Hollywoodiennes, de telle sorte que la série reste marquée malgré tout par une vraie liberté de ton.
Pour ma part, j'avoue que les quelques scènes sur Terre m'ont paru un brin désuètes entre cette vision très glorifiée de l'Amérique comme capitale de l'humanité et Harvard toujours le catalyseur des plus grands cerveaux de la planète (alors qu'aujourd'hui, bon...). Le traitement des personnages féminins est aussi parfois déplorable, sans vouloir tomber dans la complainte très fréquente de nos jours à ce sujet, mais il est vrai qu'il est regrettable de voir toutes ces héroïnes prometteuses être reléguées en Love Interest pour leurs compagnons masculins, quitte à perdre ensuite toute autorité ou désir d'indépendance sur le groupe. Heureusement, les autres personnages sont marqués par des dilemmes bien plus consistants et Balti reste sans doute à ce titre la grande réussite de la série (et sans doute son pinacle qualitatif).
Bref, j'étais bien parti pour considérer UW1 comme l'une des grandes œuvres de la science fiction occidentale mais finalement, ça ne reste qu'une excellente série à conseiller bien évidemment, malgré ses aspects moins pertinents de nos jours. C'est d'ailleurs assez rare que je me dise cela, vu mon désintérêt global pour les séries télévisées, mais je pense qu'il y a quand même un excellent potentiel d'adaptation où une série pourrait combler les quelques lacunes de la BD et étoffer davantage la psychologie des personnages (sans le côté trop expéditif imposé parfois par le dictat de la BD franco-belge).
Je ne pense pas m'attaquer aux autres tomes tant que l'auteur n'aura pas complété sa série UW2 (visiblement, il en a perdu le désir depuis le temps) mais je suis quand même bien heureux d'avoir rattrapé ce retard dans ma culture personnelle.