Ça fait maintenant 1 mois et demi que nous nous sommes lancés dans une quête de vagabondage avec mon condisciple Noah pour pouvoir découvrir le monde et trouver nos réponses. J'ai toujours détesté et été aliéné par le système, le salariat, l'école et la ville. Toujours se forcer à participer au théâtre politique et médiatique où les pensées et le quotidien deviennent de plus en plus monotones et vides de sens. S'anomaliser devient bizarre et à chaque tentative la foule te rabaisse car tu émanes ce qu'ils n'ont jamais osé faire. Pendant ce premier mois, avec mon modeste sac à dos, nous avons décidé d'entreprendre la lecture d'un chef-d'œuvre de la littérature japonaise : "Vagabond" de Takehiko Inoué. Un manga en 37 tomes suivant le développement personnel d'un des plus grands samouraïs du Japon nommé Miyamoto Musashi. Ce personnage profond et riche de sens est la représentation, sur beaucoup d'aspects, de nous et de notre philosophie. Notamment 2 notions centrales qui font partie intégrante de la raison de mon admiration.
La première, c'est l'introspection que j'aime aussi appeler "Regarder l'horizon". Entre le téléphone, la télé, le travail et j'en passe, nous sommes constamment stimulés par de nombreux divertissements, j'inclus aussi les bons divertissements comme les livres. C'est logique, l'humain est animalement programmé pour la recherche constante du plaisir et de la facilité, le silence est effrayant pour lui. Dans le silence, il voit qui il est vraiment, ses défauts, son passé, son manque d'ambition...
Dans la nature, ces moments de silence sont obligatoires car les distractions sont limitées. On retrouve aussi ça chez les jeunes enfants qui sont limités dans la compréhension des choses complexes, les empêchant de se divertir constamment car dépendants d'un adulte. Et toi, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, tu es une des premières générations qui a perdu la capacité d'introspection. C'est là que vient prendre le sens de la phrase « regarder l'horizon », car c'est un moment sans aucune distraction qui te permet d'introspecter, c'est-à-dire prendre du recul sur ton passé pour voir où tu as réussi et fauté, mais surtout de te projeter dans le futur pour entretenir une vision claire de qui tu veux être. C'est exactement ce que fait Miyamoto Musashi lorsqu'il vagabonde : il est naturellement confronté au silence, ce qui lui permet de transcender dans l'art du sabre et d'aller au-delà de juste taper plus fort. De plus, il arrive à mettre son ego de côté, que serait l'introspection si l'ego était la vedette de l'exercice ? En confrontant continuellement ses acquis, il est en perpétuel changement tout en gardant sa fermeté d'âme. C'est là que se trouve le secret de sa réussite : l'équilibre entre proactif (reste ferme dans ses principes) et réactif (est modulé par son environnement).
Un autre élément aussi bien frappant qu'admirable chez Miyamoto est qu'il est en constant mouvement, lui aussi caractéristique de l'errance. Le vagabondage est par définition l'antithèse même de l'inaction, car lorsque tu cherches tes réponses, tu as besoin d'expérimenter. Peu importe que cette expérimentation prenne vie en pensée lorsque tu regardes l'horizon ou en physique avec le déplacement charnel, tu en as besoin pour avancer dans ta vie et surtout trouver tes réponses. C'est d'ailleurs de ces inévitables échecs induits par le mouvement que naissent les meilleurs apprentissages, car en effet, le mobile perdant aura toujours plus de mérite que le plus immobile des vainqueurs. L'échec ne doit surtout pas devenir une peur qui te pousse au "rien faire", et ce même si sa conscientisation est source d'appréhensions. Enfin, à l'instar du bruit constant dans lequel la modernité nous a plongés, il en est de même pour le confort auquel l'inaction nous a accoutumés. Et tout comme le silence, le mouvement est un inconfort essentiel dans lequel se jeter pour en saisir l'importance. Comme le dit le célèbre adage : "Mieux vaut avoir des remords que des regrets". C'est aussi pourquoi nous pensons tout aussi important le zeste de "retard maxxing" avec lequel saupoudrer l'action.
Alors, comme le cours de la rivière, sois en mouvement. Les quelques fans du chef-d'œuvre d'Inoué en comprendront davantage le sens...
Mis à part ça, le dessin est magnifique et les autres personnages sont tout aussi profonds que Miyamoto.