Alors bon, Vagabond, c’est énorme. Ca, on le sait. Je ne vais pas répéter ce que ceux qui m’ont précédé sur cette fiche ont fait (clin d’œil Ein), abordons une nouvelle façon de faire une critique-avis en mettant en avant des points (avec des tirets, ouais, ouais) que j’ai beaucoup aimé :
Le dessin est incroyable : Y a une personne sur SC qui disait que cette beauté, aussi objective qu’une œuvre de Bach ou qu’une peinture de Michel-Ange, finissait par l’ennuyer. Je suis du même avis. Un peu comme dans GTA V ou vous êtes d’abord impressionné par la diversité du gameplay, vous finissez par trouver cela assez banal après avoir passé 30H dessus. C’est que le style d’Inoue se reconnaît assez bien à partir d’un moment. Mais, vous savez, faites un jour un musée ou une expo de artiste comme Gainsborough, et vous constaterez rapidement que son style, impeccable, n’évolue peu ou pas sur toutes ses peintures. Cela ne l’empêche pas d’être considéré comme un grand artiste. Et puis, de quoi parle-on avant tout ? Vagabond est un manga, je ne m’attends pas à voir un dessin aussi puissant dans un livre jetable !
Vagabond met la misère sévère à tout ce que j’ai lu auparavant en type de manga. Ca fait réfléchir n’empêche, à quel point un homme s’est donné autant pour réaliser tous ces dessins incroyables, alors qu’à côté, on a des mangas super crades qui font des millions de ventes. Damn.
Des cases Ma-Gni-Fi-Ques : Je me souviendrais toujours de ce moment où Musashi combat un maître d’arme sur un pont, de voir ce dernier l’attaquer, de tourner la page et de me retrouver devant cette case-deux pages ou un Musashi imposant découpe en deux le sabre de son ennemi. Je suis resté au moins une minute dessus, le souffle coupé.
Et pour contrer le fait que le dessin impressionne moins au fil du temps, je mettrais en avant la case des squelettes tome 36. O.M.G.
Des combats de OUF : Ehh, on n’est pas garni avec les shônen. Dans Fate/Stay Night, Kojiro Sasaki est un des personnages de l’œuvre. Un méchant charismatique et ténébreux, ahah… Et dans Vagabond, ce Kojiro est autre chose… C’est un personnage à la fois simple et compliqué, il vit l’art du sabre, il EST l’art du sabre. Tel Jésus qui marche sur l’eau, il y a une grâce incroyable dans son style, une liberté et une facilité exceptionnelle, parfaitement retranscrite.
Malgré son talent, ou bien celui de Musashi, il y a des combats incroyables dans Vagabond tant les adversaires sont eux aussi des combattants exceptionnels. Le premier combat contre Isshun est spectaculaire (le second un peu plus simple), mais c’est celui contre Seijuro qui m’a le plus impressionné, tant chaque coup était magnifique. A l’inverse de beaucoup de combats typiques des shônen, on ne frappe pas pour frapper dans Vagabond, non. On frappe pour gagner, et chaque coup convient à risquer sa vie. Chaque coup de sabre est magnifié, c’est impressionnant.
Mais quand vous voyez ça, comment pouvez-vous encore continuer à lire One Piece où les héros gagnent par leurs convictions et leur « force de l’amitié » ? Où toutes leurs blessures (graves ?) sont guéries par une bonne nuit de repos, ne laissant aucunes cicatrices ? Que toutes ces œuvres aillent se faire foutre, merde, pourquoi j’ai eu Samourai Deeper Kyo pendant mon adolescence et pas Vagabond. :snif:
De beaux personnages secondaires : Même si les personnages principaux se suffisent à eux même, il y a quand même d’autres qui méritent qu’on s’y attarde. Inoue n’hésite pas à réutiliser plusieurs personnages secondaires (ce qui fait qu’on n’en a pas tellement finalement) pour les développer plus qu’ils ne le seraient dans d’autres œuvres. La qualité, pas la quantité.
J’aimerais mettre en avant notamment Denshichiro Yoshioka, un gros musclé avec un air patibulaire… et pour lequel j’ai pourtant beaucoup d’affection, justement car ils arrivent à le rendre attachant. Vivant dans l’ombre de son frère, cette personne n’a eu de cesse de faire des efforts pour le rattraper, en vain. C’est justement pour ses efforts incroyables qu’on arrive à trouver le bougre sympathique, peut-être de la pitié aussi, pour un personnage qui derrière sa face de bouledogue est d’une terrible gentillesse. J’aime aussi cette façon de l’avoir utilisé dans le flashback de Kojiro, pour un combat encore d’égal à égal, magnifié par la flamme brulante dans leurs yeux.
La mère de Matahachi est aussi un personnage à première vue antipathique, et qui pourtant finit par devenir très attachante par la relation qu’elle a avec son fils. Le chapitre Mère et Fils et celui qui le suit est un moment intime d’une telle beauté… et c’est la force de Vagabond de réussir à proposer tous ces beaux moments, d’arriver à passer d’une main de maître sur plusieurs genres.
Le prix : Vous savez que Vagabond coute 2-3€ de plus qu’un manga classique ? C’est car quand vous tenez un manga Vagabond dans les mains, vous savez tout de suite que vous ne vous êtes pas fait roulé : La qualité de la couverture, la qualité du papier, les premières pages entièrement en couleurs… Pour paraphraser Ein : « Il ne faut absolument pas lire ce manga en scan !! ».
La retranscription d’une époque : Hier, quand j’ai vu que le tome 38 mettait en avant un prêtre chrétien, je me suis rappelé une nouvelle fois qu’on était au XVIIe siècle au Japon, tout juste après Sekigahara. Et comme j’adore les œuvres historiques BIEN FAITES, Vagabond à tout pour me plaire. Petite mention pour tout le passage dans le village de paysans. C’est non seulement bien fait, avec un véritable amour du travail de la terre, mais aussi dans la dureté la plus féroce (j’étais vraiment effrayé à la fin du tome 36) qui rappelle, hélas, des crises agricoles très difficiles qui ont réellement eu lieu dans l’histoire du Japon. Le voir de nos propres yeux ici est à tomber.
Allé, on s’arrête là.
« SEIJURO ET DENSHICHIRO ! VOUS ETES TROP FORT !!!
… MAIS JE SUIS PLUS FORT QUE VOUS !!!!!!!!! »
Miyamoto Musashi