Enième dystopie sortie cette année au rayon BD après le superbe album de Manu Larcenet (La Route) et le sympathique Arca, Vertigéo est l'adaptation de la nouvelle éponyme d'Emmanuel Delporte décrivant une société totalitaire qui exploite ses masses laborieuses afin de faire pousser les étages de la vertigineuse tour dans laquelle cette communauté humaine s'est repliée suite à une catastrophe planétaire. Un récit court et éminemment métaphorique sur l'aliénation des individus par le travail. "Dans mon histoire, le travail est dépeint comme un moyen de maintenir les individus occupés et dociles, et les empêche de remettre en question l'ordre établi ou de chercher des solutions alternatives." confie t-il sur le site C'est plus que de la SF. "Cette vision sombre s'inscrit dans une exploration plus large des régimes totalitaires et de la manipulation des masses. Le travail peut être utilisé pour maintenir le statu quo et perpétuer les inégalités sociales." Une peinture sociale qui rappelle très fortement celle de Le Transperceneige. Nonobstant ce sentiment de déjà-vu, le récit fonctionne sur les deux-tiers de l'album, en dépit des interrogations que le fonctionnement de ce système soulève en début de lecture (la provenance des matériaux, le désir de pousser la tour hors des nuages alors même que la lumière constitue une menace mortelle pour les humains). En parallèle, le choix du noir et blanc par le dessinateur Amaury Bundgen assoit la nature dépressive du récit, et contribue à faire de cette tour, un oppressant milieu carcéral. L'amateur de dystopie venu ici pour sa dose de noirceur en a donc pour son argent.

Malheureusement, au cours des dernières pages, l'édifice s'effondre totalement sur lui-même. Cette monumentale et dispendieuse entreprise esclavagiste ne répond finalement à aucune logique économique, démographique ou de divertissement ; son existence se résume simplement à la préservation d'un entre-soi. Dès lors, pourquoi une tour ? Pourquoi soutenir ainsi la reproduction des classes inférieures ? Difficile de faire message plus simpliste et incohérent.

Au final, une belle coquille vide.

2flicsamiami
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le 24 mai 2024

Modifiée

le 25 mai 2024

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