J'adore Gipi. Vraiment. Et j'adore Manu Larcenet (je dis ça parce que j'ai trouvé beaucoup de parallèles entre plusieurs oeuvres de Larcenet et celle ci (Blast et la BD sur Van gogh surtout).
Mais j'ai trouvé que "Vois comme ton ombre s'allonge" avait tout pour avoir une portée philosophique, spirituelle et psychologique considérable mais, de manière tout à fait personnelle, son incohérence m'a rendu cette profondeur inaccessible. Tant au niveau du dessin que de l'histoire.
J'ai trouvé déjà la narration un poil conventionnelle-qui-cherche-à-ne-pas-l’être avec des enchainements de flashbacks, flashforwards, vie de quelqu'un d'autre, ... Intéressant en soi, mais un peu compliqué, je trouve. Surtout à cause du fait que le dessin ne soutient pas cette narration (d'après ce que j'ai compris, et c'est le point sur lequel je risque le plus de me tromper).
On observe en effet des changements stylistique et graphiques dans le dessin assez notables au fil du bouquin, du noir et blanc à la couleur, du détail à l'épuration, mais je n'ai pas réussi à trouver de parallèles entre ces changements et ceux qui s'opéraient dans la narration. Mais je ne prétends pas qu'il n'y en a pas, je pense qu'elles sont un peu trop bien dissimulées. Et je dois avouer aussi que le thème, surtout au vu de la BD de ces dernières années, manque un peu d'originalité. Des crises identitaires liées à la guerre, au rapport père-fille et fils-grand père et autres traumatismes, ce n'est pas inintéressant loin de là mais ça donne une impression de déjà vu, à cause de son traitement surtout. On s'attarde en effet sur les conséquences de ces évènements dans l'univers psychologique fragile de l'écrivain que l'on suit, et peu sur les causes et/ou le traitement de ces évènements (à part les passages du grand père pendant la guerre, savoureux).
Alors, je suis un peu dur, et le bouquin m'a quand même beaucoup plu. Grâce à quelques pensées présentées comme des dogmes, sur la création du visage humain, sur la perception de soi au fil du temps, que j'ai trouvé à la fois drôles et pertinentes. Et grâce au dessin, splendide, qui évolue (de manière un peu chaotique ai-je trouvé, comme je l'ai dit) constamment et dont le dynamisme ne peut quand même pas laisser coi. Gipi est vraiment un maitre du trait "brouillon" rempli de sens et de subtilité.
Ce n'est pas mon Gipi préféré, et une relecture affinera peut-être mon appréciation, mais il reste à beaucoup d'égards une oeuvre très belle. J'aurais aimé qu'il soit un tantinet plus accessible.