CLA(M)P de fin

Avis sur xxxHolic

Avatar Josselin Bigaut
Critique publiée par le

Représentez-vous un bureau. Dessus, il n'y a guère grand chose. Trois stylos, deux cahiers, peut-être une lampe. Nous serions alors en droit de nous attendre à ce que, du fait du faible nombre d'ustensiles présents, ces derniers soient correctement rangés. Eh bien non. Il y a peu de chose qui puissent avoir une utilité réelle sur le bureau et ce peu de chose est en plus exposé négligemment en bordel au point où l'on trouve moyen de ne plus y retrouver ce qu'on cherche. C'est inconsidéré, limite honteux : c'est xxxHolic.

CLAMP, je ne les connais que par Code Geass. Pas forcément fameux, mais sortant quand même du lot avec un certain charme lui étant propre. Avec ses errements aussi.
On me propose avec xxxHolic ce qui s'apparenterait à la meilleure production CLAMP, dixit le top 15 Senscritique. Je pars plus ou moins confiant. Elles ont leur notoriété et il s'agirait de leur pièce maîtresse. Peut-être une bonne surprise au tournant, un manga banal dans le pire des cas.

Ni l'un ni l'autre ma brave dame. C'est un bordel innommable. On nous offre pourtant peu de matière à mâcher, mais ça trouve quand même le moyen de nous étouffer et de nous perdre : en n'allant nulle part en premier lieu, mais en trouvant en plus le moyen de dévier sans cesse. C'est bien simple, je n'ai pas même compris le propos, l'idée principale qu'est censée recouvrir l'œuvre.
Tout commence mal. Le postulat de départ est nébuleux, des histoires de destinée dont la portée reste encore inintelligibles une fois le dernier tome refermé, une question de dette - en principe centrale pour l'intrigue - qui ne sera presque jamais mentionnée par la suite (et jamais recouvrée), en clair, un prétexte à l'aventure qui se veut mollasson et sans entrain.

En soi, les premiers chapitres ne sont pas particulièrement engageants, d'autant moins qu'ils nous sont servis par des dessins affligeants. Sans même parler des personnalités quasi absentes ou monotâches, ces aspects d'androgynes filiformes aux expressions faciales très limitées ne manqueront jamais de me rebuter. Le parcours des personnage est d'autant plus déroutant qu'on jurerait qu'ils évoluent dans le vide intersidéral. Vous voyez un décor ? Faites un vœu, car soyez certain que cela ne se reproduira pas de sitôt. Des personnages secondaires ? On jurerait que Watanuki, Dômeki et Himawari sont les seuls élèves de leur lycée - lorsqu'ils y sont - à l'exception notoire des rares fois où il est question d'une intrigue liée à l'occulte concernant un personnage de l'école. Personnage qui ne reparaîtra jamais par la suite.
On nage en vase clos. Et je vous parle là de l'intérieur d'un vase aux parois monochromes. C'en est parfois angoissant, mais malgré la volonté des auteurs.

Le format des histoires courtes m'aura rapidement convaincu de l'inconsistance des éléments mystiques et occultes du monde de xxxHolic. C'est un monde spirituel éparpillé et décousu qui s'offre à nous par échantillonnage. Plutôt que de nous spécifier clairement d'où vient le surnaturel, nous en indiquer les caractéristiques inhérentes à son univers, que l'on comprenne en quoi chaque élément mystique en est issu, ces éléments sont tous pris à part sans jamais être liés logiquement entre eux. Le tout donne un patchwork de courtes intrigues spirituelles (souvent inspirées du folklore japonais) sans que l'ont ait pour autant l'impression que ces dernières soient issues du même univers magique ou du même auteur. La logique propre au ton surnaturel semble différer d'un cas à un autre. Rien n'est rattaché à un socle commun. C'en est déroutant, mais pas dans un registre mélioratif ; c'est le bordel.

Bordel encore, bordel toujours : la trame principale. Craignant que l'on s'en tienne aux histoires courtes seulement (un client de la boutique de Yûko équivalant généralement à une histoire), une trame principale - bien qu'intermittente et discontinue, sans cesse coupée par de nouvelles histoires - vise à capter un lectorat disposé à suivre les aventures de Watanuki sur le long terme. Là encore, ce sera le foutoir absolu.
Apparaîtront Sakura et Shaoran, égéries d'une précédente série de CLAMP, issus de ce qui serait un monde parallèle (parce qu'en plus ça n'est pas clair) qui interviendront épisodiquement sans trop qu'on sache pourquoi car, comme rapporté précédemment, rien n'est clarifié quant à l'univers qui nous est présenté, on prend les choses telles qu'elles viennent. On ne pige pas grand chose, et on rajoute une couche de confusion avec la question d'un rêve qui, là encore, en est un sans en être un (des fois qu'on ne soit pas perdu) pour qu'au final tout cela accouche à.... rien. Mais vraiment.
Que l'on nous gratifie de quelques considérations complexes dans le récit, je peux en principe gérer. J'en ai, je crois, les capacités cognitives. En revanche, nous présenter un bric-à-brac foncièrement aléatoire qui ne sert aucun dessein autre que celui de nous amener à nous demander «pourquoi», ça n'est pas acceptable. Ni même recevable. Tout est en plus inutilement alambiqué avec des explications évasives de Yûko.

«C'est à lire en parallèle de Tsubasa Reservoir Chronicles pour comprendre» ai-je pu lire. Or, je n'ai pas pour habitude de lire mes mangas en kit. Qu'il y ait interpénétration entre différentes œuvres d'un même auteur, l'idée me plaît énormément, mais il faut que chacune des compositions puissent être lues indépendamment des autres en se suffisant à elles-même afin d'être compréhensibles. Apporter des éléments de réponse d'une œuvre à l'autre, c'est une idée qui me séduit, mais que l'on ne puisse saisir les tenants et aboutissants de xxxHolic qu'à condition d'avoir lu Tsubasa Reservoir Chronicles, ça vire au foutage de gueule intégral.

En complément de la trame chaotique et vide à la fois - ce qui relève de l'exploit - il n'y a pas grand chose à sauver. Peu de personnages, tous ayant des personnalités génériques, j'en ai bien peur. La dynamique tourmenteur-tourmenté entre Yûko la femme inébranlable et Yûko le jeune homme timide à lunettes, la présence de Dômeki l'impassible qui sert de soutien indéfectible... ça ne va pas pisser loin. La palme étant cependant décernée à Himawari.
Comment un collectif d'auteur féminin peut aboutir à la confection d'une potiche aussi insipide ? Une cruche sans caractère qui ne servira strictement à rien de toute la trame. S'impliquer si peu dans le façonnage de ses personnages : ça me dépasse.

Quant à l'humour... oh... l'humouuuur. Il n'y en a pas. Yûko aime le saké, Watanuki est jaloux de Dômeki, Dômeki se fait entretenir par Watanuki... je vous ai délivré l'intégrale de ce qui est supposé vous faire esquisser un sourire sur dix-neuf volumes. Pas fameux, hein ?

Contrairement à la plupart des lecteurs (notamment des inconditionnels qui, eux, aiment l'œuvre), je n'ai pas été déçu par la fin. D'abord parce que je n'en attendais rien, mais aussi parce qu'elle aura au moins eu le mérite de ne pas s'abaisser à un dénouement heureux et facile pour dorloter le lecteur. Le manga a au moins ce mérite.

Toujours est-il que si xxxHolic s'avère être effectivement ce que CLAMP a de meilleur à offrir, je ne peux que redouter le pire. Mais relativisons. Au moins, elles m'auront épargné le yaoi dont elles sont en principe coutumière. De ça je suis reconnaissant. Du reste je suis consterné.

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