A manipuler avec précautions.

Ecrire une critique sur Yiu c'est prendre le risque de repousser ceux qu'on voudrait amener à lire cette bande dessinée. Pour être clair, ma médiathèque garde en permanence les quatre derniers tomes du cycle en réserve pour qu'ils ne soient pas à porter de tous les usagers, pourtant c'est une bande dessinée pour adultes classée au rayon adultes.

Nous sommes au XXIIème siècle, les extrémistes religieux et sectaires de tous bords ont pris le pouvoir sur le monde, imposant règles et préceptes la plupart du temps par la violence. La génétique et la transhumanité sont devenues la règle, la machine et le corps humain semblent avoir peu à peu fusionné au point que progressivement la partie humaine tend à disparaître. Yiu est une tueuse au service des clergés, payée pour assassiner prêtres, rabins et imams. Son but est pragmatique, gagner assez d'argent pour soigner son petit frère et ainsi le faire sortir de la bulle dans laquelle il est prisonnier.

Yiu est une bande dessinée d'une violence et d'une désespérance incroyables, plus la religion semble appuyer son pouvoir, plus elle semble le faire au détriment de tout sens moral. Le trait de Téhy est nerveux, il ne recherche ni propreté ni netteté, la disposition des cases n'a rien de classique, elles s'adaptent au besoin de l'histoire, privilégiant au besoin le dessin pleine page, magnifique !

On ne ressort pas indemne de la lecture de Yiu, elle est épuisante, prenante et crispante, frisant parfois la boucherie, usant nos nerfs aussi bien que notre conscience, le rythme est constant et garde le pied au plancher jusqu'à la fin. On en vient presque à se demander si Yiu, tueuse froide et sans scrupules qui agit pour son compte personnel n'a pas plus de morale que ces membres du clergé qui la paient pour tuer au nom d'un équilibre qu'il faut conserver et du salut de l'humanité.

C'est finalement une bande dessinée à part non seulement par son ultra-violence mais aussi parce-que, sans se poser de questions, elle explore jusqu'au bout des questions et des fantasmes que d'autres n'ont fait que survoler.
Jambalaya
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le 29 nov. 2012

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Jambalaya

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