Yu-Gi-Oh!
6.1
Yu-Gi-Oh!

Manga de Kazuki Takahashi (1996)

Un shônen unique en son genre encore aujourd'hui

Être le n°1 n'est pas ce qui compte. Ce qui compte c'est de faire nos duels avec courage, honneur et respect ! Et plus encore, de faire passer le bien-être de nos amis avant le nôtre.

Yûgi est un lycéen passionné de jeux en tous genres. Un jour son grand-père lui fait cadeau du Puzzle Millénaire, un étrange pendentif venant de l'Égypte Antique que personne n'est parvenu à reconstituer depuis des siècles. Après plusieurs années, Yûgi parvient à l'assembler entièrement, c'est alors qu'une entité apparaît dans son âme. Avec son aide, il va punir les personnes mauvaises en les affrontant au Jeu des Ténèbres tout en recherchant la mémoire perdue de son nouveau double amnésique.

Un jeu d'enfant ?

À ses débuts, Yu-Gi-Oh! n'avait donc rien à voir avec le fameux jeu de cartes que nous connaissons tous. En effet, "yûgi ô" signifie en japonais "maître du jeu", le but du manga était donc de faire jouer Yûgi à pleins de jeux différents lors des affrontements avec ses ennemis, le jeu de cartes n'en étant qu'un parmi tant d'autres.

Durant les 7 premiers tomes, on suit donc Yûgi et ses amis dans leur vie de lycéen arrêter dans l'ombre leurs camarades qui persécutent ou arnaquent les autres grâce à différents Jeux des Ténèbres. Disons-le clairement, cette partie, sous ses airs pourtant sombre voire assez violent pour un jeune public (puisqu'elle s'inspire pas mal du genre furyô), est très gamine dans sa narration très typée années 90 (genre ils ont tous 14 ans mais sont prêts à tuer de sang froid pour des raisons bien futiles d'ado) et ses thématiques très bateaux qui mettent finalement assez peu en avant le lore de la série lié à l'esprit enfermé dans le Puzzle Millénaire. Néanmoins elle a comme qualité de proposer une ambiance assez "horrifique" (qu'on ne retrouvera plus dans la deuxième partie du manga) qui permettra à la série de se démarquer (bien que celle-ci reste assez grossière et bon enfant puisqu'elle s'adresse à un jeune public à la base). Durant cette partie, le jeu de cartes Duel Monsters (Duel de Monstres) qui apparaît dans un chapitre remporte plus de succès que prévu. Takahashi décide alors d'en faire le jeu principal de l'œuvre pour la suite de son récit.


C'est ainsi qu'à partir du tome 8 commence le Yu-Gi-Oh! que l'on connaît tous. Cette partie couvrira deux gros arcs : celui du Royaume des Duellistes (un tournoi sur une île) et celui de Battle City (un tournoi dans toute la ville). Ces deux arcs nous permettent notamment de comprendre comment fonctionne le Jeu des Ténèbres et de développer la plupart des personnages par rapport à des situations extrêmes, le tout accompagné de duels de plus en plus épiques.

Le début de l'arc du Royaume des Duellistes commence quand Yûgi et ses amis sont invités à un tournoi de Duel Monsters qui leur permettrait d'obtenir des informations sur l'identité du double de Yûgi (surnommé sobrement l'Autre Yûgi ou Yami Yûgi (Dark Yûgi) en attendant). Cet arc prend des allures de battle royale assez sympa sur l'île et se révèle assez amusant bien que les ficelles du shônen ressortent un peu trop par moment.

Battle City prend place juste après et met les petits plats dans les grands, on n'est plus là pour rigoler et si l'arc est un peu longuet, on ne s'ennuie jamais grâce aux duels plus incroyables les uns que les autres. Ainsi, bien que le ton reste toujours très old school il est résolument plus mature et ambitieux, la légende des Objets Millénaires permettant enfin de mettre en avant l'histoire de fond de la série.


Le tout dernier arc commence au tome 32 et est entièrement consacré à l'Autre Yûgi dont on va enfin découvrir les origines via un long flashback. Cette fois-ci on met les pieds en plein dans le lore et cet arc vient définitivement mettre un point final à toutes nos interrogations. L'arc est très bien fichu, avec de nombreux retournements de situation et une histoire plus riche qu'on n'aurait pu l'imaginer. L'histoire se déroule dans un lieu très différent du reste de la série, ce qui se révèle assez sympathique. Le manga se termine donc de manière très complète et positive mais aussi très émouvante.

Ainsi, les premiers tomes sont disons-le assez mensongers, bien qu'intéressants de par leur inventivité pour proposer pleins de jeux très originaux, néanmoins on ne peut pas en dire autant des personnages qui sont assez lisses et des enjeux quand même très juvéniles. La suite de la série marque donc un tournant bienvenu et nous offre des arcs qui se révèlent bien plus sérieux et abouti, avec un lore fourni et des duels de cartes très impressionnants.


Double Jeu

Les personnages du manga demeureront très caricaturaux mais pas inintéressants à suivre.

Yûgi est un jeune garçon passionné de jeux. Il est souvent moqué par ses camarades à cause de sa petite taille et de son caractère réservé et inoffensif mais c'est aussi quelqu'un d'intelligent qui a grand cœur et qui ne supporte pas la méchanceté gratuite. Yûgi au début est assez pitoyable tant il est naïf et sans personnalité mais il évolue au fil du manga grâce à son double qui lui apprendra à avoir confiance en lui et à donner le meilleur de lui-même. Un personnage assez simple mais qui demeure sympathique et qui possède une belle évolution.

Jônouchi est un ancien délinquant, toujours fauché à cause de sa situation familiale compliquée, il trouvera enfin sa voie en devenant ami avec Yûgi qui lui fera découvrir le jeu Duel Monsters. C'est un bon gars honnête mais un peu simplet qui peut cependant se révéler très malin lorsqu'il est dans une situation délicate. Il tient plus que tout à ses amis et ne trahit jamais ses convictions. Un peu lourdeau par moment mais il reste assez cool dans l'ensemble et défend de belles valeurs. De plus il est intéressant qu'un héros ne soit pour une fois pas totalement craqué et qu'il lui arrive parfois de perdre ses duels.

Kaiba est un lycéen, héritier du groupe milliardaire Kaiba Corporation. C'est un garçon pugnace, avec une haute estime de lui-même, et prêt à tout pour parvenir à ses fins. Très perfectionniste, il ne pardonne aucune erreur et ne fait pas dans les sentiments. Son but est de devenir le duelliste le plus fort du monde. « I AM FUC**** BADAAAAAASSSS !!!!!!!!!!!!!! * explosions à la Michael BAY * » pourrait résumer Kaiba. C'est le grand rival de l'Autre Yûgi, et une ordure qui s'assume complètement en passant ! Personnellement j'a-do-re Kaiba. Ce mec tout droit sortie d'une série B est tellement à fond dans son délire qu'il en devient à la fois cool et ridicule, il n'y a que lui pour donner un résultat pareil ! All Hail Kaiba !

Yami Yûgi (Dark Yûgi/ L'Autre Yûgi) est l'esprit habitant le Puzzle Millénaire, il a désormais pris place dans le corps de Yûgi. Il est tout le contraire de son hôte, déterminé en toutes circonstances mais aussi assez impatient, il reste cependant assez taciturne en dehors des combats. Néanmoins tout comme Yûgi, il chérit ses proches et déteste l'injustice. Yami Yûgi est pour ainsi dire le héros du manga. On suit sa quête de mémoire, c'est son personnage qui fait avancer Yûgi. Il entretient une relation très forte avec son double qu'il estime grandement pour sa pureté d'âme. Personnellement j'aime énormément Yami Yûgi, en plus d'être super classe, il est très travaillé et évolue grandement, son background est très intéressant également, tout comme sa rivalité avec Kaiba.

Les personnages principaux sont donc assez caricaturaux et peut-être pas énormément recherchés dans l'ensemble mais le tout fonctionne plutôt bien même si on aurait aimé autant d'approfondissement pour Yûgi que pour Yami Yûgi qui lui vole quand même pas mal la vedette. À côté de ça on trouvera les différents amis et proches de Yûgi et Jônouchi qui seront présents mais jamais réellement développés au final, ce qui est assez dommage. Les différents camarades de classe du début resteront anecdotiques bien que certains soient un minimum recherchés. Parmi les personnages secondaires un peu mieux développés on trouvera principalement les différents duellistes que les héros affronteront qui sont assez variés dans l'ensemble puisqu'on retrouve différents types de profil, du gentil, au méchant, au pathétique. Et pour finir, il y a les antagonistes (Kaiba, Marik, Yami Bakura...) qui dans l'ensemble ont quant même la méga classe et sont loin d'être des enfants de chœur pour un shônen. Ils possèdent tous également un background très bien développés dans l'ensemble.


Une œuvre vieux jeu

Le manga, lui, s'inscrit dans son époque. C'est à dire qu'il est assez démodé à l'heure actuelle mais reste malgré tout assez atypique encore aujourd'hui.

On est vraiment face à une dynamique à la Ken le survivant ou JoJo's Bizarre Adventure avec des personnages aux réactions grandiloquentes voir excessives et des traits de caractère limite forcés. Sans parler de l'écriture très simpliste et des tirade shônenesques à toutes les pages, aidés notamment par la traduction ô combien datée tant c'est nanardesque par moment d'ailleurs (une réédition ferait pas de mal de ce côté là). Le style graphique est lui aussi très "appuyé" avec ses contours noirs et ses personnages cubiques aux coiffures en pics improbables, signature des années 90. On notera d'ailleurs un changement de style assez marqué entre la première partie de la série concentrée sur les jeux (plus terre à terre, horrifique et juvénile, avec des chara designs plus ronds et réalistes) et la suite concentrée sur le jeu Duel Monsters (avec des designs très manga, des codes plus shônen et des planches plus spectaculaires). Tout cela contribue à rendre le manga totalement épique d'une manière générale, ce qui lui donne beaucoup de rythme et permet de compenser le manque de profondeur du scénario par moment et la possible répétitivité des duels de cartes, bien que ceux-ci aient chacun leur spécificité qui les rendent intéressant puisqu'ils viennent toujours faire évoluer les personnages.

La première édition française de Kana que je possède depuis mon enfance est à l'image de la traduction, c'est à dire vieillissante. Les incrustations des textes sont faites à la barbare (enfin, avec ce que permettait l'époque quoi), le papier est d'une qualité assez pauvre, et on remarquera vite les rabats avec des colorisation à l'ordinateur type fan-art (chose qui se faisait beaucoup à l'époque mais absolument plus de nos jours). De même, il est assez marrant de voir les bonus en fin de page qui expliquent des choses diverses sur le fonctionnement du manga que l'on trouve de nos jours en deux clics sur Google là où auparavant le courrier des lecteurs d'un éditeur était un des rares endroits où l'on pouvait obtenir ces informations. En bref une édition sympathique pour la nostalgie mais il faut avouer qu'on ne dirait pas non à une jolie réédition Deluxe, surtout pour une oeuvre aussi culte !


Néanmoins Yu-Gi-Oh!, sous ses airs simplistes dérivés des shônen old school, se révèle encore aujourd'hui assez intéressant, notamment de par son lore assez original se basant sur l'Égypte ancienne mais aussi par les thématiques qu'il aborde. Bon celles-ci sont eeeextrêmement bateau (le pouvoir de l'amitié, l'âme des cartes, les pactes avec les ténèbres...) mais Takahashi en revanche n'a pas peur de proposer un univers résolument sombre à côté de ça. Sans être violent, Yu-Gi-Oh! montre quand même des scènes avec des flingues et autres armes tranchantes, des personnages au visage défiguré par la colère ou la folie, des scènes de torture psychique et physique et il n'hésite pas à faire mourir des personnages, rarement de manière noble ou méritée. Bon on rigole un peu devant tous ces psychopathes de 15 ans par moment mais n'empêche qu'on sent que le manga prend les choses au sérieux, et ça aide à apporter une certaine tension à l'œuvre (il est simplement dommage que, le récit avançant très vite, Yami Yûgi et les autres héros gagnent presque toujours leurs matchs pour ne pas perdre de temps sur des chapitres transitoires).

De même, beaucoup reprocheront à Takahashi d'avoir subitement changé son fusil d'épaule pour succomber à l'appel du merchandising et du pognon après le succès de Duel Monsters, mais au final, cela ne se ressentira jamais dans son œuvre. Je l'avoue, bien que les premiers jeux étaient tous très intéressants et recherchés, je préfère moi aussi Duel Monsters que je trouve beaucoup plus original pour le coup (surtout pour l'époque, Yu-Gi-Oh! étant un des pionniers dans ce genre au Japon) et on n'a moins de mal à suivre vu qu'on ne change pas sans cesse de jeu à chaque chapitre, ça aide à donner une ligne directive et à éviter les sempiternels pages d'explications des règles. Néanmoins j'avais peur que l'histoire ne parte dans totalement autre chose à partir du moment où l'on se focalise dessus mais il n'en est rien, Takahashi non seulement arrive à offrir un scénario maîtrisé tout du long mais en plus il parvient à conserver les messages des premiers tomes, à savoir le dépassement de soi et l'amitié tout ça en passant par le développement de la relation entre Yûgi et son double. Au final, Takahashi (d'abord très probablement poussé par son éditeur) a peut-être emprunté la voie de la facilité en se concentrant uniquement sur Duel Monsters, en revanche il a bien prouvé qu'il n'avait jamais eu l'intention de modifier son œuvre et son propos pour autant, et il a brillamment relevé le défi au final.


Le Maître du Jeu !

Ainsi, Yu-Gi-Oh! est clairement devenu un de ces shônen à l'ancienne à replacer dans son époque. Néanmoins il reste particulièrement bon dans son genre. Qu'on aime les Trading Cards Game ou non, Yu-Gi-Oh! fait parfaitement son travail en tant que shônen nekketsu avec de l'amitié, du power up, des combats frénétiques et des personnages simples mais charismatiques. De plus, contrairement à ce que l'on peut croire, il ne s'adresse pas qu'aux plus jeunes mais également à un public mature grâce à son ton assez sombre.

Un shônen assez particulier qui ne plaira peut-être pas à tous mais que personnellement j'apprécie toujours énormément et que je trouve encore aujourd'hui unique en son genre.

Duozora
8
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Créée

le 10 nov. 2023

Critique lue 18 fois

Duozora

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